Et Jean Castex décida de s'inspirer... de Dominique de Villepin. Il fallait y penser tant les deux hommes sont différents. Pourtant, un point commun lie leurs destins au moment où Castex monte à la tribune, ce mercredi 15 juillet, pour prononcer son discours de politique générale. Face à lui, 577 députés : il ne fut jamais l'un des leurs, il ne siégea jamais sur les bancs du palais Bourbon. Le dernier à avoir été dans cette situation s'appelle Dominique de Villepin, en 2005.

"C'est pour moi un immense honneur..." : qui commence ainsi son propos ? Jean Castex ou Dominique de Villepin ? Les deux ! "Je me présente devant vous à un moment bien particulier de notre histoire" : qui parle ? Jean Castex ou Dominique de Villepin ? Les deux - Villepin parlait, on ne change pas la fabrique d'un homme, d'un moment "historique". Ce n'est plus une inspiration, c'est du copier-coller.

A quelques autres reprises, c'est la grandiloquence de Villepin que Castex singe. Le nouveau Premier ministre avait indiqué en petit comité qu'il voulait "mettre en scène nos victoires" : elles ne sont pas encore là que déjà il les célèbre, qualifiant de "révolution" son intention de réserver les créations d'emploi aux services départementaux de l'Etat et aucune aux administrations centrales. Tout en annonçant le retour d'un commissariat général du Plan.

Evidemment, l'exercice de style avait ses limites : l'ode aux "territoires", l'évocation du code communal permettent au maire de Prades de signer de sa main le discours. Il croit même bon d'y ajouter "un barbarisme qu'il convient d'éviter", comme l'Académie française le dit du verbe "prioriser" que Jean Castex emploie à propos du programme concernant les petites villes.

Le défi de Castex: après avoir été nommé Premier ministre, réussir à le devenir

Jean Castex aime les contre-pieds. Il sait ce que François Mitterrand avait glissé à Edith Cresson quand elle se livra au même exercice : son discours était "technique et ennuyeux", merci pour les compliments. Lui se savait attendu au même tournant. Du coup, il a, presque trop, veillé à éviter d'entrer dans les détails. Que celui qui a compris ce que contiendrait "le projet de loi contre les séparatismes" annoncé ce mercredi lève la main. Mais le chef du gouvernement avait retenu une leçon : un bon discours de politique générale est un discours court. Concret aussi : Michel Rocard s'était penché sur le sort des ascenseurs, on était au XXe siècle, Jean Castex s'intéresse aux vélos électriques, bienvenue au XXIè siècle.

Tandis qu'Emmanuel Macron est confronté à la difficulté d'être là où tout le monde l'attend, Jean Castex aime les contre-pieds. Les Français le croient austère et ignorent qu'il se marre. Il place dans son discours une formule digne de Raymond Devos quand il évoque "une France qui ne dit rien (...) que nous devons écouter". Les Français le pensent réservé or même certains de ses ministres l'ont trouvé "gonflé de lui-même" lors de sa première participation, ratée, aux questions d'actualité la semaine dernière. Ce mercredi, Castex s'efforce d'asseoir sa personnalité, juste après avoir démis de ses fonctions le secrétaire général du gouvernement, selon une information du Point. "Castex n'avait jusqu'à présent aucune consistance politique dans le dispositif d'Emmanuel Macron, ce qui ne veut pas dire qu'il n'a aucune consistance personnelle", remarquait avant le discours de politique générale un élu de droite. C'est le défi attendant aujourd'hui Jean Castex, qui s'apparenterait à un ultime contre-pied pour celui que personne n'attendait : après avoir été nommé Premier ministre, réussir à le devenir.