Quelques mois avant le scrutin, les patrons veulent peser dans la campagne. Le président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux a plaidé lundi à Paris pour une baisse de 35 milliards d'euros de la fiscalité "sur les facteurs de production" des entreprises durant le prochain quinquennat. À l'occasion d'une conférence de presse destinée à présenter les propositions des patrons pour l'élection présidentielle d'avril, le responsable du Mouvement des entreprises de France s'est d'abord montré satisfait de la baisse du taux de l'impôt sur les sociétés à 25% (contre 33,3% au début du mandat d'Emmanuel Macron).
Mais au-delà de la fiscalité sur les bénéfices des entreprises, le président du Medef a invité les candidats à la présidentielle à un "effort" sur les impôts de production, "ceux qui pèsent sur le chiffre d'affaires, la masse salariale". Dans ce domaine, "on a encore 35 milliards d'euros d'écart avec la moyenne européenne", a-t-il affirmé. "On demande un effort pour ramener sur cinq ans les impôts de production au niveau de la moyenne européenne", a poursuivi Geoffroy Roux de Bézieux. Durant le quinquennat écoulé, les impôts de production ont déjà été baissés de 10 milliards d'euros par an depuis 2020. Toujours dans le champ de la fiscalité, l'organisation patronale a affiché son soutien à la taxe carbone ainsi qu'à l'accord sur un impôt minimal de 15% sur les multinationales trouvé dans le cadre de l'OCDE.
Les entreprises seront assujetties à ce nouveau système d'imposition minimale "à compter de 2023", avait précisé l'OCDE. "On est favorables à une fiscalité juste des Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft)", de manière à mettre fin à une "asymétrie fiscale qui pose un problème de concurrence", a déclaré Geoffroy Roux de Bézieux. Déjà en mai 2021, le patron du Medef déclarait dans L'Express : "La mondialisation que nous avons connue au cours des quarante dernières années est attaquée par trois phénomènes : le retour des nations et des identités nationales, la fin du multilatéralisme et l'explosion des Gafam qui en optimisant leur fiscalité ont détourné le sens de l'impôt.
Demande de la fin des régimes spéciaux
Le Medef a aussi demandé la pérennisation de la "prime Macron" dans les entreprises de moins de 50 salariés. Ce dispositif permet aux entreprises de verser à leurs salariés une prime exonérée d'impôts et de cotisations sociales pouvant aller jusqu'à 2 000 euros. La prime exceptionnelle de pouvoir d'achat (PEPA), plus connue sous le nom de prime Macron, avait été créée en réponse à la crise des gilets jaunes en décembre 2018. Selon Le Parisien, au 1er octobre, les employeurs avaient versé 2,3 milliards d'euros de cette prime exceptionnelle exonérée d'impôts et de cotisations (jusqu'à trois Smic) à plus de cinq millions de salariés. Le montant moyen versé s'élève à 458 euros, contre 400 euros l'an passé.
En matière de retraites, le patronat espère la suppression des nombreux régimes spéciaux au profit d'un système à trois régimes (respectivement pour les salariés, les fonctionnaires et les indépendants). À noter que ces régimes spéciaux devaient être rayés de la carte par l'exécutif, mais la crise sanitaire a changé la donne. En effet, Emmanuel Macron, s'est positionné en faveur de la fin des "régimes spéciaux et de l'harmonisation des règles entre le public et le secteur privé. Il propose également de relever progressivement l'âge légal de départ à la retraite à 65 ans, contre 62 ans à l'heure actuelle.
Sur la question de la retraite, les candidats à la présidentielle s'écharpent : Valérie Pécresse proposant de l'augmenter à 65 ans et Eric Zemmour à 64, quand Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon campent sur un retour à 60 ans. Le président sortant, coincé depuis cinq ans par sa promesse d'un maintien à 62 ans, s'est pour sa part ravisé et juge désormais nécessaire de "travailler plus longtemps, en (le) repoussant", sans préciser pour le moment où il fixerait le curseur.
