L'exercice est typique de la Ve République. Il est novateur pour Emmanuel Macron. Le chef de l'État tiendra ce jeudi soir sa première conférence de presse à l'Élysée pour sortir de la crise des gilets jaunes. Après une introduction, il se prêtera au jeu des questions-réponses sur ses mesures destinées à endiguer la crise sociale qui ébranle l'exécutif depuis cinq mois. Emmanuel Macron n'aborde pas cette conférence de presse en position de force. Les mesures qu'il devait annoncer dans son allocution télévisée du 15 avril - non diffusée en raison de l'incendie de Notre-Dame - ont fuité dans la presse. Aucun effet de surprise ou blast n'est donc attendu.

La révélation de ces annonces a en outre déclenché une salve de critiques dans l'opposition ou la société civile. La suppression de l'ENA est fustigée, tandis que la faiblesse des mesures écologiques est pointée du doigt. Certains pans de l'allocution du discours sont enfin décortiqués et suscitent des interprétations diverses, comme l'épineux sujet du temps de travail. L'Express fait le point sur les dossiers chauds qui devraient animer la conférence de presse.

Quel allongement du temps de travail ?

Dans son projet d'allocution aux Français, Emmanuel Macron devait mettre en avant la "nécessité de travailler davantage" pour financer la baisse des impôts des classes moyennes. L'allongement de la durée de travail pourrait également servir à financer la prise en charge de la dépendance, un chantier majeur des prochaines décennies. Le rapport Libault, remis en mars à la ministre de la Santé, évalue à 9,2 milliards d'euros par an le besoin de financement supplémentaire d'ici à 2030 pour accompagner le vieillissement de la population.

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Emmanuel Macron devrait revenir ce jeudi sur sa volonté de faire davantage travailler les Français et ses modalités. Plusieurs députés LREM plaident pour la suppression d'un jour férié, qui rapporterait entre deux et trois milliards d'euros par an. L'âge de départ à la retraite pourrait-il être reculé ? Dans un entretien à l'Est Républicain ce mercredi, le Haut-commissaire en charge de la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, martèle que l'âge légal de départ à la retraite restera fixé à 62 ans. Le chef de l'État sera sans doute interrogé sur ce point.

L'ENA vraiment supprimée ? Comment la remplacer ?

Emmanuel Macron est susceptible de confirmer la suppression de l'École nationale d'administration, qui forme les hauts fonctionnaires depuis 1945. On lui reproche sa déconnexion des réalités et son manque de mixité sociale. Cette mesure a déclenché de nombreuses critiques, y compris parmi les anciens camarades de promotion du président, lui-même énarque. "C'est le degré zéro de la politique", a dénoncé au Parisien le député LR Julien Aubert.

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Mercredi, le directeur de l'ENA a pris la plume pour défendre l'école. "Non, les élèves de l'ENA ne sont pas mus par le désir de compliquer la vie de leurs concitoyens", écrit Patrick Gérard dans Le Figaro, jugeant ses étudiants "sincèrement soucieux de s'engager pour leur pays, pour l'intérêt général et le bien commun". Si la suppression de l'ENA est confirmée, Emmanuel Macron sera interrogé sur le nouveau mode de formation de la haute fonction publique. L'Élysée a en tout cas démenti que l'école allait être remplacée par "l'institut supérieur des fonctionnaires" (ISF).

De nouvelles mesures écologiques ?

ONG, opposition, mais aussi aile écologiste de la majorité, se sont inquiétées ces derniers jours après la faiblesse des annonces en matière d'environnement prévues dans le projet d'allocution du président. Il devait simplement annoncer la mise en place d"une convention de 300 citoyens tirés au sort" pour "travailler à la transition écologique et aux réformes concrètes à prendre.

Pascal Canfin, numéro deux sur la liste LREM pour les européennes, a dit lundi attendre de nouvelles mesures sur le climat et l'environnement de la part d'Emmanuel Macron. "Nous échangeons avec le président pour des mesures complémentaires", a ajouté sur Europe 1 cet ancien membre d'Europe Écologie-Les Verts.

Quelle évolution de la fiscalité ?

C'est l'un des points les plus attendus de l'intervention présidentielle. Dans son allocution avortée, Emmanuel Macron devait annonce une baisse "des impôts des classes moyennes", financée notamment par "la suppression de certaines niches fiscales". Le Premier ministre Édouard Philippe avait évoqué début avril l'"exaspération fiscale" comme le principal enseignement du grand débat national.

Emmanuel Macron pourrait annoncer ce jeudi une baisse significative d'impôt au niveau des premières tranches, note Challenges. Reste désormais à connaître l'ampleur de cette diminution et l'identité des niches fiscales qui seront amenées à disparaître. En février, le ministre de l'Action et des Comptes publics Gérald Darmanin avait proposé que l'on "revienne dessus en diminuant le plafond global des niches, ou alors qu'on les mette sous conditions de ressources pour qu'elles profitent aux classes moyennes et populaires plutôt qu'aux plus aisés".

Référendum d'initiative partagée et RIC local

La crise des gilets jaunes a mis en lumière une aspiration à davantage de démocratie directe. Ce jeudi, Emmanuel Macron devrait annoncer une simplification du référendum d'initiative partagée, aujourd'hui très difficile à mettre en oeuvre. Pour être soumise à référendum, une proposition de loi référendaire doit recueillir la signature d'un dixième du corps électoral (environ 4,7 millions d'électeurs) et le soutien d'au moins un cinquième des parlementaires (185 des 925 députés et sénateurs). D'autres conditions sont en outre à respecter. Le chef de l'État pourrait évoquer ce jeudi le contenu de la réforme du référendum d'initiative partagée.

Emmanuel Macron pourrait aussi se dire favorable à des référendums d'initiative citoyenne (RIC), mais limités à des "certains sujets d'intérêts locaux". Quels sont ces sujets ? À quelles conditions ces référendums seraient-ils mis en oeuvre ? Le chef de l'État pourrait être interrogé sur ce point.