François Hollande sera ce jeudi l'invité d'honneur des très consensuelles commémorations du 150e anniversaire du Parti social-démocrate (SPD) allemand à Leipzig, alors que Paris assure avoir "tourné la page" des brouilles franco-allemandes de ces dernières semaines.

Convié à ces cérémonies à la fois par le SPD et la chancelière allemande Angela Merkel, également attendue à Leipzig, le président français devrait se garder de tout soutien ostensible au candidat social-démocrate Peer Steinbrück, à la peine dans les sondages à quatre mois des législatives .

"Une stratégie délibérée d'éliminer Merkel"

"Ce n'est pas le sujet de cette commémoration non partisane", assure-t-on à Paris, même si François Hollande ne manque jamais une occasion de rappeler qu'il n'est pas du même bord politique que la chancelière chrétienne-démocrate. L'ancien ministre des Affaires européennes, le député UMP Pierre Lellouche, voit donc dans la présence du chef de l'Etat à Leipzig "une stratégie délibérée d'éliminer Angela Merkel". Une présentation contestée par l'entourage de François Hollande, selon lequel il s'agit plutôt de célébrer le "rôle" historique de la sociale-démocratie en Europe et ses "valeurs".

Aucune rencontre bilatérale avec la chancelière allemande n'est prévue. Les deux dirigeants se sont croisés mercredi à Bruxelles, en marge d'un sommet européen consacré à la politique énergétique et à la fiscalité, fait valoir l'entourage du président. Lors de sa grande conférence de presse du 16 mai à l'Elysée, François Hollande a aussi soigneusement évité de recourir à l'oxymore de la "tension amicale" pour décrire ses relations avec la chancelière, comme il l'avait fait fin mars dans une interview télévisée.

Un gouvernement économique européen en question

Le président français venait, il est vrai, de couvrir de louanges "l'indispensable" couple franco-allemand sans lequel "l'Europe ne peut pas avancer", remettant sur la table l'idée d'un "gouvernement économique"de la zone euro. Cette suggestion a été accueillie avec "prudence" à Berlin, qui l'a jugée "intéressante" et "méritant la réflexion". "Il n'est pas question" d'une mutualisation des dettes souveraines des Etats européens au travers d'une capacité d'emprunt de la zone euro, a notamment réaffirmé le ministère allemand de l'Economie.

Paris et Berlin peinent à s'accorder sur une stratégie économique commune en Europe, les Français critiquant un excès d'austérité qui freinerait la relance de la croissance alors que les Allemands campent fermement sur la rigueur budgétaire et les réformes de compétitivité.

Dans cet esprit, les discussions vont bon train entre les deux capitales avant le sommet européen de juin où sera discuté l'approfondissement de l'union économique et monétaire. A défaut d'une déclaration commune franco-allemande promise en janvier par Angela Merkel et François Hollande, l'hypothèse d'une simple "contribution" était évoquée mardi à Paris.