OUI/ On doit pouvoir soutenir le post-colonialisme sans être taxé d'indigénisme

Par Aurélien Taché, député La République en marche du Val-d'Oise

Les combats contemporains sont notamment antiracistes et les colonial studies sont à prendre au sérieux. Ils sont pour moi le prolongement du combat pour la décolonisation mené par une certaine gauche à l'époque, notamment par Albert Camus.

En revanche, que cette mouvance soit parfois traversée par une dérive indigéniste qu'il faut combattre, c'est un fait. Je suis en totale opposition avec Houria Bouteldja, qui défend des assignations identitaires totalement contraires à l'universalisme, en pensant, par exemple, que l'homosexualité est un truc de Blancs, ou que les juifs seraient par définition des dominants. C'est abject. C'est une forme de racisme à mettre sur le même plan que le suprématisme blanc aux Etats-Unis. Mais la mouvance postcoloniale ne se résume pas à cela et, de la même manière que l'on peut défendre Mila alors que l'extrême droite le fait sans lui être associée, on doit pouvoir soutenir le postcolonialisme sans être taxé d'indigénisme !

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Il faut, comme le dit Leïla Slimani, crever l'abcès de la colonisation et nous n'en sommes qu'au début, Emmanuel Macron l'a d'ailleurs aussi récemment rappelé en parlant de l'Algérie. Il faut admettre qu'il subsiste un héritage de la colonisation qui, s'il a disparu sur le plan juridique, peut avoir laissé des traces sur le plan sociétal et sur les moeurs, et que cela peut continuer à nourrir une forme de racisme. Vouloir nier cela au nom de l'universalisme est pour moi une trahison du combat antiraciste.

Je ne suis pas favorable aux réunions en "non-mixité" [NDLR : dont les hommes ou les Blancs peuvent être exclus], mais je peux les comprendre dans certains cas précis. J'étais à l'Unef au moment où les premières réunions non mixtes se sont mises en place pour les femmes. J'ai fini par comprendre l'intérêt de ce genre de réunions car les hommes peuvent avoir tendance à monopoliser la parole, et les femmes à être réticentes à parler de certaines choses devant les hommes.

Un groupe de parole peut aider les victimes de violences à s'exprimer et c'est aussi valable en matière de racisme. En revanche, dès que l'on est dans un cadre politique, personne ne doit être exclu. On a trop longtemps fait de la politique sans ceux qui sont directement concernés par les discriminations, mais il ne faut pas aujourd'hui totalement inverser la donne, en leur réservant cette lutte. C'est pour cela que je suis opposé aux camps décoloniaux non mixtes.

NON/ Les décoloniaux réintroduisent la notion de race dans le débat public

par Zineb El Rhazoui, journaliste et auteure de Détruire le fascisme islamique (Ring)

Les décoloniaux prônent un progressisme racialiste. Ils sont les seuls à réintroduire la notion de race dans le débat public en France - même le Rassemblement national y a renoncé -, alors que le concept de race a été invalidé par la science voilà un siècle et le mot rayé depuis de notre Constitution.

La "pensée" décoloniale bafoue allègrement la devise républicaine "Liberté, Egalité, Fraternité" en classifiant les humains par segments raciaux éternellement victimes ou coupables, auxquels est niée, de fait, la liberté de s'émanciper des atavismes ancestraux, fussent-ils fantasmés par les indigénistes. Ne leur en déplaise, être noir, blanc, jaune ou rouge n'est pas une "identité", mais une caractéristique physique. Quant à la religion, libre à chacun d'en avoir une en république (ce n'est pas le cas en théocratie), mais lorsque l'on a une religion, cela ne signifie pas que l'on est sa religion.

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Les indigénistes sont des collaborateurs de l'islamisme et des saboteurs de la laïcité, qu'ils disent leur nom ou qu'ils préfèrent enrober leur idéologie différentialiste dans des concepts universitaires creux, faits de pseudo-science et de compétition victimaire.

Aurélien Taché ne donne pas l'impression d'avoir lu cette "pensée" décoloniale à laquelle il tente de refaire une virginité, et pourquoi pas, de l'introduire dans l'Hémicycle par la grande porte de la majorité parlementaire, alors qu'elle n'y siégeait jusque-là que grâce à quelques députés LFI contaminés par une camelote idéologique made in USA. "On peut défendre la pensée décoloniale sans être taxé d'indigénisme", nous apprend Aurélien Taché. Sans doute au même titre qu'il serait possible de défendre le salafisme sans être taxé d'islamisme, ou de défendre le monarchisme sans être taxé de royalisme.