Cheveux poivre et sel, lunettes d'intellectuel, Aymeric Chauprade, tête de liste FN en Île-de-France pour les élections européennes, inspirateur du positionnement pro-russe du parti, cultive le secret, mais sait aussi soigner sa présentation. Un peu trop.

Cet "ami personnel" de Philippe de Villiers, qui a pris sa carte au FN en novembre et conseille Marine Le Pen depuis 2010, déroule un impressionnant CV, dans un document de "présentation" transmis à l'AFP: multi-diplômé (dont un doctorat en science politique), multi-enseignant en France ou à l'étranger, multi-cartes (édition, "dirigeant d'entreprises dédiées au conseil et à l'intelligence"), multi-consultant et conférencier enfin (ONU, Otan, Maroc, République dominicaine).

Un CV qui brille "un peu trop"

Courtois et presque timide, il organise pourtant méthodiquement sa communication. A tel point que son CV brille d'un peu trop de feux. "Titulaire de la +Chaire d'histoire des idées politiques+ de l'Université de Neuchâtel en Suisse" entre 2003 et 2009 ? "En aucun cas ! Il n'était que chargé de cours", se souvient-on là-bas.

"Membre" du Club de Valdaï, un rendez-vous annuel réunissant des experts russes et étrangers ? "Non, il y a été invité seulement en 2013", indique-t-on."Titulaire de la +Chaire de géopolitique+ de l'Ecole de Guerre à Paris" ? "Intervenant", corrige-t-on: "Il n'y a pas de chaire".

Grand promoteur des positions pro-Russie au sein du FN - il n'est pas le seul -, il ne s'étale guère sur ses interventions et ses contacts dans le pays. Comment s'informe-t-il sur l'Ukraine ? "C'est la question des réseaux", répond-il énigmatiquement, lui qui revient de Crimée où il a observé le référendum qui a mené au rattachement de la province à la Russie. A Moscou, il est "perçu comme un ami", assure-t-il, avant de qualifier l'ère Poutine de "globalement positive" pour le pays, dans un curieux parallèle avec les propos critiqués de Georges Marchais en 1979 sur l'URSS. Le mystère, il l'entretient aussi en étant l'un des rares au FN à ne pas donner son numéro de téléphone aux journalistes.

Le "détail" du 11 septembre ?

Mais Aymeric Chauprade est surtout connu en France pour sa vision polémique des attentats du 11 septembre 2001. En 2009, Hervé Morin, alors ministre de la Défense, avait mis fin à ses fonctions d'enseignant au Collège Interarmées de défense (CID), l'ancien nom de l'Ecole de guerre, et au sein des organismes militaires de formation, lui reprochant des "relents absolument inacceptables" dans son livre "Chronique du choc des civilisations".

Le tribunal administratif avait annulé cette décision pour cause de "procédure irrégulière", tout en avalisant une autre décision de renvoi de Aymeric Chauprade prise plus tard et mieux fondée juridiquement.

"La version officielle de ces attentats pose des problèmes", dit-il à l'AFP, avant de confier : "Si c'est mon détail qui me poursuit, ça sera mon détail qui me poursuit", en référence aux propos de Jean-Marie Le Pen sur les chambres à gaz. Au sein du FN, les éloges fusent. Un proche de Marine Le Pen, initialement rétif, a d'ailleurs révisé son jugement: "Il se débrouille bien".