Un étonnement teinté de sarcasme. L'annonce de la candidature de Virginie Calmels à la présidence des Républicains (LR) n'a pas provoqué d'effet de souffle au sein de l'héritier de l'UMP. Au mieux, un simple haussement de sourcils. "Du délire", raille un cadre. Dans un entretien au Figaro, l'ex numéro 2 du parti - limogée en 2018 par Laurent Wauquiez - affirme vouloir porter une droite libérale, "équidistante d'Emmanuel Macron et de Marine Le Pen". Elle y appelle à "repenser le rôle et la place de l'Etat, questionner le rapport aux dépenses publiques", et à "encourager les initiatives individuelles et entrepreneuriales". Avec un modèle assumé : la politique économique menée par Edouard Balladur lors de la première cohabitation de 1986.
L'ancienne adjointe d'Alain Juppé à Bordeaux consulte depuis plusieurs semaines des élus du parti. Fin juillet, elle a proposé la formation d'un tandem à la députée européenne Agnès Evren. La présidente de la très convoitée fédération de Paris n'a pas donné suite. La démarche de l'ex-directrice générale d'Endemol monde laisse perplexe en interne. "Je suis tombé des nues quand elle m'a appelé", confie un sénateur LR. "Cela ne sert à rien" ajoute un député, lui aussi sondé. Ignorant tout des ambitions de Virginie Calmels, un cadre confiait lundi soir : "Ce fut une catastrophe comme numéro 2 du parti. Comment pourrait-elle être numéro 1 ? Mais elle a un tel manque de lucidité politique qu'elle est capable de penser qu'elle est la femme de la situation."
Conflit ouvert avec Laurent Wauquiez
Virginie Calmels entretient en effet une histoire tumultueuse avec Les Républicains. En 2017, elle forme un ticket avec Laurent Wauquiez pour la présidence de LR. Ce mariage de raison entre la libérale et le héraut d'une droite décomplexée tourne à la guerre ouverte après quelques mois. En juin 2018, Virginie Calmels fustige un tract LR intitulé "Pour que la France reste la France" et s'en prend à Laurent Wauquiez, "uniquement là pour défendre sa propre ligne". Il est alors mis fin à ses fonctions. "J'alertais à l'époque sur le risque de rétrécissement de LR. L'histoire m'a donné raison. Je ne veux pas que la droite disparaisse en étant un supplétif du RN ", revendique-t-elle auprès de L'Express.
Virginie Calmels ne siège dans aucune instance des Républicains et n'a plus de mandat depuis les élections régionales de 2020. Elle a lancé cette année-là une école du numérique. Son ambition se heurte à de nombreux obstacles. Pour concourir, elle devra récolter les parrainages de 485 adhérents et de dix parlementaires. Pas évident, au vu de son éloignement de LR. "Pour se reconstruire, la droite ne doit pas se cadenasser et accepter la concurrence", prévient-elle.
"Compliqué de revenir de cette manière"
Convaincre les adhérents sera encore plus difficile. L'immense majorité est acquise à la cause de Laurent Wauquiez et ne devrait pas plonger dans les bras de son ancienne contemptrice. "Elle a un rôle à jouer dans notre famille politique, avec sa sensibilité libérale. Mais il est compliqué de revenir de cette manière au vu du poids de Laurent Wauquiez dans le parti", assure un maire LR. "Elle croit que ça s'achète ? Elle va faire 1%", lâche un parlementaire. "Sa démarche est hors sol", raille une élue.
Virginie Calmels n'est enfin pas la seule prétendante sur le créneau libéral. Favori du scrutin, Eric Ciotti assume son positionnement "libéral" et compte creuser ce sillon lors de l'élection interne. Le député estime en privé que ses propositions économiques - suppression des droits de succession ou création d'une flat tax de 15% - ont largement participé à sa place de finaliste lors de la primaire pour la présidentielle. Le vice-président de la région Ile-de-France Othman Nasrou songe enfin à se présenter pour défendre cette ligne. Porte-parole actif de Valérie Pécresse lors de la présidentielle, il y a acquis une certaine notoriété auprès des militants des Républicains.
