Pas romanesque, la vie de Valérie Pécresse ? C'est un épisode qui, s'il avait déjà été évoqué ici et là, n'a jamais été raconté avec autant de détails que dans La guerrière (L'Archipel), la biographie de la candidate Les Républicains (LR) écrite par Hubert Coudurier, directeur de l'information du Télégramme.
En 1991, alors qu'elle effectue son stage de l'ENA à Moscou, Valérie Pécresse rencontre un certain Sergueï Jirnov, jeune journaliste de la télévision soviétique qui souhaite suivre des cours dans la fameuse école française en tant qu'étudiant étranger. Sauf que ce métier de journaliste n'est qu'une couverture : il est officier du KGB et transmet à son service toute information utile sur les diplomates étrangers en poste dans la capitale soviétique. A trois reprises, la future candidate à l'Elysée échange avec l'agent de renseignement.
"J'ai parfaitement réussi à la berner avec ma couverture, confie l'ancien officier dans le livre. Elle ne pouvait pas se douter que j'étais du KGB, car elle me voyait chaque semaine à la télévision." Il poursuit : "J'ai tenté d'en apprendre le plus possible sur elle. J'ai rempli plusieurs fiches à son sujet, qui sont ensuite restées dans les archives du KGB. J'ai transmis les rapports à mes supérieurs, qui étaient emballés. Elle était évidemment une cible de choix pour nous."
Une histoire d'arroseur arrosé ? Voici que le KGB se demande tout de même si Pécresse ne serait pas elle-même un agent de la DGSE. "Au KGB, nous étions paranos, donc la première question que l'on posait en rencontrant un étranger était de savoir s'il oeuvrait pour un service concurrent, raconte Sergueï Jirnov. Mais j'ai vite eu la conviction que ce n'était pas son cas." Rassuré, le Russe pousse le zèle jusqu'à tenter d'avoir "une amourette" avec elle, mais elle ne répond pas à son flirt. Il aura plus de succès avec l'ENA, qu'il intègre en septembre 1991.
Des années plus tard, il révèle à Valérie Pécresse son passé d'agent - elle assurera qu'elle le savait. En 2007, elle devient ministre du gouvernement Fillon, après l'élection de Nicolas Sarkozy. Jirnov lui envoie alors un mail de félicitation. Mais "fin juin 2007, j'ai reçu un courrier signé par le directeur de son cabinet, me demandant de ne plus chercher à contacter la ministre ou son entourage", explique, amer, l'ex-agent à Hubert Coudurier.
Valérie Pécresse la guerrière, par Hubert Coudurier, L'Archipel, 272 pages, 18 euros.
