Le départ de Sibeth Ndiaye intrigue à peu près autant qu'il était attendu. Attendu, car la porte-parole du gouvernement traversait une passe difficile. Un détail en dit long : sur son compte Twitter, même les messages les plus anodins sont assaillis de dizaines de commentaires négatifs et d'insultes, signe d'une image brouillée. Certains y verront l'expression d'un racisme aussi pavlovien qu'insupportable. D'autres, les fruits d'une séquence de communication hasardeuse pendant la crise du coronavirus. "J'ai porté les messages du gouvernement pour éclairer nos concitoyens face à une situation véritablement extraordinaire, et une doctrine scientifique pour le moins mouvante, a-t-elle déclaré avec une pointe d'ironie en transmettant le relais à son successeur, Gabriel Attal. Ce ne fut pas chose simple."

"Elle ne se voyait pas prendre un poste pour un poste"

Son départ intrigue, pourtant, car cette ancienne conseillère d'Emmanuel Macron, entrée à son service au ministère de l'Economie en 2014, aurait pu rebondir à un poste gouvernemental moins exposé. Une source au sein de l'exécutif évoque un atterrissage comme ministre déléguée à l'insertion professionnelle ou auprès du ministre de l'Intérieur. Elle a finalement tout refusé. "On lui a fait de très belles propositions. Elle a réfléchi et cheminé tout le week-end, mais elle ne se voyait pas prendre un poste pour prendre un poste, confie-t-on dans son entourage. Elle a passé sept années formidables au service de la République. C'est un choix personnel, elle a envie de se tourner vers sa famille. Et elle trouve très macronien de passer de la société civile à la politique, et vice versa."

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Sibeth Ndiaye part aussi faute d'avoir obtenu le poste souhaité. Selon les informations de L'Express, la secrétaire d'Etat s'était mise sur les rangs pour occuper le ministère des Relations avec le Parlement. Elle l'avait fait savoir en haut lieu avant même la nomination de Jean Castex à la tête du gouvernement. Elle qui, depuis 15 mois, aimait tant animer tous les lundis après-midi une réunion pour coordonner la communication de la majorité avec des représentants de l'Elysée, de Matignon et du groupe LREM à l'Assemblée, se serait bien vue faire le lien entre les parlementaires et l'exécutif jusqu'en 2022. En vain. Le centriste Marc Fesneau est resté à son poste. "Ce ministère c'est la chasse gardée du Modem, soupire un historique de la campagne d'Emmanuel Macron de 2017, déçu des propositions faites à son amie. Soit on veut garder Sibeth, et dans ce cas on lui donne ce qu'elle demande, soit on ne la garde pas. Mais là, il s'agit d'un strapontin, elle a eu le courage de dire non."

Son combat pour la diversité

Surprise, aussi, car Sibeth Ndiaye ne donnait pas de signes de renoncement ces derniers mois. Au contraire. La secrétaire d'Etat avait pris soin de muscler son cabinet au porte-parolat avec l'arrivée au printemps de la directrice de la communication de La République en Marche, Hélène Hamelle, de deux salariés du mouvement présidentiel, Pierre Pellissier et Robin Gastaldi, ainsi que d'une conseillère à la stratégie digitale, Marie Quinette.

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L'ancienne communicante de l'Elysée semblait même avoir pris assez d'assurance pour publier dans Le Mondeune tribune sur la représentation de la diversité dans la vie politique, économique et culturelle, le 13 juin. Elle y témoignait de son expérience du racisme et des remarques déplacées sur ses tenues vestimentaires, avant de proposer de poser "de manière apaisée et constructive le débat autour des statistiques ethniques." Un chiffon rouge en France. Ce jour-là, son équipe se réjouit de voir qu'au-delà des insultes habituelles, sa tribune est relayée par des personnes que la République en Marche peine à toucher d'ordinaire. Mais le texte, relu par Matignon et l'Elysée avant publication, lui vaut aussi les critiques acerbes des députés LREM les plus intransigeants sur l'universalisme républicain. Un manque de soutien qui a sans doute laissé des traces.

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Discrètement, la porte-parole du gouvernement continuait à travailler sur l'intégration et sur sa proposition d'ouvrir le débat sur les statistiques ethniques. Sans en faire état publiquement, elle a récemment reçu les démographes Hervé Le Bras, Patrick Simon et François Héran, ainsi que l'essayiste Caroline Fourest. Elle était présente à Matignon le 18 juin pour la remise du rapport de la Commission nationale consultative des droits de l'Homme. Une de ses amies l'imagine déjà "se mettre au service des causes qui lui tiennent à coeur" après son départ du gouvernement. A moins qu'elle ne reprenne très vite du service pour préparer la campagne de 2022.