1+1 est égal à 2, oui. 1+1+1 est égal à 3, c'est vrai. Mais en politique, lorsque des fusions de listes sont autorisées, l'arithmétique est très souvent mauvaise conseillère pour anticiper les résultats d'un rassemblement. Le second tour de ces élections régionales en est une nouvelle preuve. Dans six régions, les listes principales de gauche ont fusionné mais le bilan est fortement contrasté. Les présidents de région sortants, donc socialistes, ont profité de ces unions et ont augmenté les scores additionnés du premier tour. Mais en Ile-de-France et en Pays-de-la Loire, là où les leaders Écologistes se sont alliés avec les socialistes et surtout les Insoumis, ils ont perdu des voix, et donc tout espoir de faire basculer la région. Tour d'horizon !

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Ile-de-France, Pays-de-la-Loire : les déceptions

Pour les gauches, la plus grande déception réside sans doute dans le résultat de l'écologiste Julien Bayou en Ile-de-France. Dans cette région particulièrement médiatisée, le secrétaire national d'Europe Écologie - Les Verts était arrivé en tête des gauches au premier tour (12,97%) devant la liste socialiste d'Audrey Pulvar (11,07%) et la liste France insoumise de Clémentine Autain (10,23%). Si l'on fait un rapide calcul, l'addition de ces trois listes pesait alors 34,27%. Or, au soir de ce second tour, la liste de rassemblement menée par Julien Bayou a récolté - à l'heure où ces lignes sont écrites - "seulement" 33,6% des suffrages selon Ipsos, 32,5% selon l'IFOP. Dans les deux cas, cette grande union EELV-PS-LFI a fait perdre des voix au candidat commun.

Dans les Pays-de-la-Loire, la gauche, et en particulier les écologistes, espérait une surprise. Au premier tour, le député Matthieu Orphelin, soutenu par Europe Écologie - Les Verts et la France Insoumise, était arrivé en deuxième position avec 18,70% des voix, et juste derrière lui, le député socialiste Guillaume Garot avait obtenu 16,32% des suffrages. Les deux candidats avaient très rapidement fusionné leur liste qui pesaient donc, à elles deux, 35,02%. Seulement, lors de ce second tour, ce rassemblement n'a pas créé de dynamique, bien au contraire : l'ancien premier lieutenant de Nicolas Hulot n'a recueilli que 34,6% des voix, soit un score plus bas que l'addition des deux listes.

Bourgogne-Franche-Comté, Centre et Auvergne-Rhône-Alpes : des dynamiques

Au soir de ce second tour, le Parti socialiste, mal en point depuis l'élection présidentielle de 2017, est parvenu à garder dans son escarcelle les cinq régions dans lesquelles ses candidats étaient présidents sortants. Dans deux d'entre elles, en Bourgogne-Franche-Comté et Centre-Val-de-Loire, les listes de gauche ont fusionné en début de semaine et obtenu un score supérieur à ce qu'elles pesaient lors du premier tour, leur permettant d'emporter la victoire. Elles ont sans doute été aidées, en prime, par le phénomène très puissant de "prime au sortant" existant partout en France et, sans aucun doute, par une forme de vote utile chez les électeurs de gauche.

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En région Centre-Val-de-Loire, le socialiste François Bonneau (24,81% au premier tour), qui s'est allié avec la liste EELV-LFI dirigée par Charles Fournier (10,85%), a remporté la victoire avec 38,5% des voix, soit avec trois points de plus que le poids des listes additionnées au premier tour. L'alliance a également été plus que payante en Bourgogne Franche-Comté pour la socialiste Marie-Guite Dufay : son alliance avec la liste EELV de Stéphanie Modde pesait 36,85% des voix au premier tour, et la présidente sortante a été élue ce soir avec un score de 42,5% !

En Auvergne-Rhône-Alpes, c'est une écologiste qui menait le rassemblement. Fabienne Grébert, arrivée en tête avec 14,47% des voix, s'est alliée avec les deux autres listes de gauche : celle menée par l'ancienne ministre socialiste Najat Vallaud-Belkacem (11,42%) et celle dirigée par la représentante du Parti communiste et de la France Insoumise Cécile Cukierman (5,57%). À l'arrivée, Fabienne Grébert a récolté ce dimanche soir 32,7% des voix, soit 1,24 point de plus que l'addition des trois listes il y a une semaine (31,46%). Il n'y a pas de quoi sabrer le champagne, mais dans cette région promise à Laurent Wauquiez, il s'agit d'un motif de satisfaction.

Une union fait basculer une région

La stratégie d'union au second tour a au moins permis à la gauche de prendre une région à la droite ! À La Réunion, la fusion des listes défendues par la maire de Saint-Paul Huguette Bello (Pour La Réunion - France Insoumise, 20,74%), l'ancienne députée socialiste Ericka Bareigts (Parti socialiste - Parti communiste - Génération·S, 18,48%) et le maire divers gauche de Saint-Joseph Patrick Lebreton (7,78%) a permis de battre le président sortant Didier Robert (Les Républicains), arrivé en tête au premier tour avec 31,09%. À l'arrivée, le score reste tout de même bien plus serré qu'attendu : Huguette Bello l'emporte avec 50,9% des voix (4 points de plus que l'addition des trois listes), contre 40,1% pour son adversaire. Néanmoins, à La Réunion, quatre autres listes de gauche s'étaient présentées au premier tour, pesant tout de même 17,3% des voix : le report des voix n'a donc pas été massif, loin de là, mais suffisant !