Il était l'outsider. Le wannabe vainqueur-de-la-primaire raillé par les deux poids lourds du scrutin, Manuel Valls et Arnaud Montebourg, son compère frondeur. Dimanche soir, en récoltant plus de 36% des voix, Benoit Hamon est devenu le favori et a inversé le rapport de force. Patiemment. Sans coup d'éclat ni dérapage, au cours d'une campagne sobre ponctués d'éléments forts qui ont contribué à asseoir sa candidature.

La prime du premier entrant

Partir tôt en campagne peut être un gage de victoire. Ce n'est pas François Fillon, aspirant candidat à la primaire à droite -qu'il a remportée- depuis février 2013, qui dira le contraire. Lorsqu'il officialise sa candidature le 16 août, ils ne sont que deux sur les rangs: Marie-Noëlle Lienemann, qui se désistera, et Gérard Filoche, recalé faute de parrainages suffisants.

Le timing ne doit rien au hasard. D'une part, Benoît Hamon s'assure d'une certaine visibilité médiatique au creux de l'été et, d'autre part, il grille la politesse à Arnaud Montebourg qui ne s'est déclaré candidat, lui, que le dimanche suivant, lors de son grand raout annuel de Frangy-en-Bresse. Un bon calcul, donc.

Un carton auprès des jeunes

Début décembre, après plusieurs mois cahin-caha dans les sondages, Benoit Hamon entraperçoit sa popularité auprès des jeunes sympathisants de gauche au détour d'une conférence devant des étudiants de l'IEP de Toulouse.

L'ancien président des MJS et ex-membre du syndicat étudiant l'Unef, qui dispose d'un réseau très actif dans ces milieux-là, fait un carton. L'amphithéâtre bondé, acquis à sa cause, l'écoute presque religieusement, raconte le Journal du dimanche. Pendant une heure, il déroule sa proposition phare sur le revenu universel, multiplie les traits d'humour qui font mouche et distribue les coups contre Valls et Montebourg, quelques minutes après avoir appris le renoncement de François Hollande. L'opération séduction est un succès.

Une participation à

Son passage à L'Emission politique, le 8 décembre dernier, signe le pire score de l'émission en termes d'audimat depuis plus de cinq ans. Avec 1,72 million de téléspectateurs, Benoit Hamon réussit le tour de force de faire moins que les 1,84 million de Bruno Le Maire.

Mais paradoxalement, à l'issue de l'émission, il a été jugé plus convaincant que son adversaire de l'aile gauche du PS, Arnaud Montebourg, selon un sondage Harris Interactive. Là encore, pendant deux heures, Benoit Hamon a réussi à dérouler ses sujets, notamment la réduction du temps de travail et la mise en place d'un revenu universel, aux contours encore très flous, et marque des points auprès des sympathisants de gauche. Peu nombreux à le regarder, certes, mais conquis. La qualité plutôt que la quantité.

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Un meeting parisien enflammé

Gymnase Japy, une semaine plus tard, Benoit Hamon ne cache plus son envie de faire comme François Fillon. Et le troisième homme de devenir le favori du scrutin. Ce jeudi soir, face à 2500 personnes, tout le pousse à y croire: ses propositions en matière d'écologie font mouche et le revenu universel -encore lui déclenche une standing-ovation enflammé des militants chauffés à blanc. Une réussite pour son premier grand meeting.

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Face à cette ferveur, ses soutiens ne cachaient pas leur optimisme: "Ça se cristallisera dans les dernières semaines, expliquait à l'Express Pascal Chercki. Mais Benoit Hamon a une chance de l'emporter. J'y crois!".

L'

Dans la dernière ligne droite, Benoit Hamon vole à Manuel Valls la place très convoitée de gêneur et d'homme à abattre. Lors du dernier débat télévisé sur France 2, à quelques jours du premier tour, le député des Yvelines est devenu la cible privilégiée de ses adversaires. Objectif réussi pour Benoit Hamon: être au centre du débat.

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