D'emblée, lors de ce 3e débat télévisé entre candidats à la primaire à gauche, Manuel Valls passe à l'offensive, bien décidé à ne pas concentrer sur lui l'essentiel des critiques de ses camarades comme cela avait été le cas dimanche dernier. Interrogé sur les finances publiques, l'ancien Premier ministre, favorable à une "maîtrise raisonnable" de la dette, n'attend pas pour dénoncer cette gauche "qui fait des propositions à crédit" et qui finalement "perd son crédit". Clairement visé: Benoît Hamon et l'une des propositions phares de son programme, le revenu universel.
VIDÉO >> Débat: Valls et Peillon chargent Hamon sur le revenu universel
Arnaud Montebourg, lui, joue de son sens des formules. "C'est la dernière station avant le lepénisme", souligne-t-il, grave, en parlant d'une "cohérence à construire". Plus tard, il moque Emmanuel Macron et ses hommages à géométrie variable, de Philippe de Villiers à Gisard d'Estaing en passant par François Mitterrand: "C'est flou, tout ça.... Et quand c'est flou, y'a un loup!", insiste l'ancien ministre de l'Economie, citant Martine Aubry à propos de François Hollande en 2011.
LIRE AUSSI >> Sept nuances de "non" à Emmanuel Macron
Arnaud Montebourg propose une mutuelle publique à 10 euros dans le cadre du débat sur la protection sociale, tandis que Manuel Valls veut en finir avec le numerus clausus et Vincent Peillon souhaite des avantages fiscaux pour les médecins qui s'installeront en zone rurale.
Sur la question du protectionnisme, Benoît Hamon réclame une harmonisation européenne fiscale et sociale, tandis que François de Rugy insiste: "On ne reviendra pas en arrière sur le marché européen." Arnaud Montebourg est le seul à envisager de nouvelles nationalisations, comme celle des chantiers navals de Saint-Nazaire.
Passe d'armes Valls-Peillon sur Trump
Vient l'heure des "cartes blanches". Manuel Valls veut un service civique obligatoire, François de Rugy et Benoît Hamon légaliser l'euthanasie, Sylvia Pinel un plan pour l'autisme, et Montebourg une clause d'embauche pour les jeunes diplômés des quartiers populaires. Sur le thème de la sécurité, le clivage se dessine entre les candidats qui privilégient les solutions alternatives dans le cadre de la contrainte pénale, et ceux qui commencent par augmenter le nombre de places de prison: 16 000, précise Manuel Valls.
En revanche, à propos de la Syrie, tous les candidats s'accordent pour dire qu'Assad devra répondre de ses actes devant la justice internationale, et que rien de durable ne peut se négocier avec lui. Quant à l'Amérique de Donald Trump, elle inquiète les sept participants. Manuel Valls parle d'une "déclaration de guerre politique à l'Europe", repris par Vincent Peillon qui lui reproche de galvauder le mot "guerre". "On dirait mon vieux professeur", se moque l'ancien chef du gouvernement, sitôt tancé par son ex-collègue sur la précision des mots.
Un vieux pays de machos
Jean-Luc Benahmmias se distingue de ses camarades pendant le débat sur la parité: "Nous sommes dans un vieux pays de machos. Il ne faut pas attendre grand-chose des hommes, c'est aux femmes de prendre la place." En attendant, Manuel Valls rappelle qu'une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon. Puis il faut déjà passer à la conclusion : chacun appelle les électeurs à choisir une gauche "rénovée". De nouveau, Arnaud Montebourg est le plus lyrique: "Je n'appartiens pas à cette gauche qui a renoncé comme les oiseaux se cachent pour mourir."
L'émission se termine. Un sondage auprès d'un panel de téléspectateurs assure que Benoît Hamon a été le plus convaincant. C'était Arnaud Montebourg lors du précédent débat. Une seule chose est sûre: personne n'est en mesure de donner l'ordre du tiercé d'arrivée dimanche prochain.
