Alain Juppé serait "sous terre". Moins de trois semaines après le triomphe de son rival François Fillon à la primaire de la droite et du centre, le maire de Bordeaux s'est retranché dans sa ville, loin de l'oeil des caméras et, surtout, loin de l'arène politique parisienne. Comme le relate Le Figaro, le coup de massue qu'a subi l'ancien Premier ministre a été très rude. Au point de faire, d'après le quotidien, cet aveu à un parlementaire: "Je n'ai eu qu'une vie de souffrance. Tout ce que j'ai fait en politique s'est mal fini."
La phrase peut paraître exagérément lugubre au vu du parcours politique hors norme d'Alain Juppé. Normalien, énarque, député de Paris puis ministre du Budget dans les années 80, Premier ministre de Jacques Chirac, patron du RPR puis maire de Bordeaux dès les années 90, le "meilleur d'entre nous" peut se targuer d'une belle carrière.
Une série de montagnes russes
Son "coup de blues", confirmé par ses plus proches au Figaro, rappelle toutefois que sa défaite à la primaire à droite n'est pas, au moins du point de vue d'Alain Juppé, une déception isolée. En 1997, le maire de Bordeaux avait déjà été désavoué par le suffrage à l'occasion des élections législatives déclenchées par Jacques Chirac. Contraint ensuite d'abandonner les rênes du RPR à Philippe Séguin, son éternel rival, Alain Juppé est sorti essoré de cette épreuve.
LIRE AUSSI >> Alain Juppé, une longue histoire d'occasions manquées
Sa condamnation, en 2004, à un an d'inéligibilité dans le dossier des emplois fictifs de la maire de Paris, l'a acculé à l'exil politique au Canada. Une fois de retour, le fils préféré de Jacques Chirac a raté le coche pour être le candidat de la droite en 2007, en raison de l'omniprésence écrasante de Nicolas Sarkozy. Ce dernier élu, il offre pourtant un grand ministère de l'Ecologie à Alain Juppé... que celui-ci doit abandonner illico presto après sa défaite aux législatives qui ont suivi.
"Cure" de détox
Une longue série de montagnes russes, donc, qui explique l'état d'esprit actuel du candidat déchu à l'élection présidentielle de 2017. Déclarant être en "cure" des soubresauts politiques, l'édile a refusé de réagir, par exemple, au renoncement historique de François Hollande à briguer un second quinquennat. A Bordeaux, Alain Juppé avait dépassé les 66% à la primaire. Une zone de confort dont il ne semble pas prêt de vouloir ressortir.
