Chacun son come-back. L'un et l'autre n'étaient jamais vraiment partis, mais Rachida Dati et Nicolas Sarkozy reviennent dans la lumière de l'actualité au même moment. Le second doit participer ce lundi au meeting de la première, désormais bien placée dans la course à la mairie de Paris - au moins au premier tour, avec 24% d'intentions de vote, selon Ipsos vendredi -, qu'elle mène sous l'étiquette du parti Les Républicains, renommé en 2015 par Nicolas Sarkozy lui-même.
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"Il est encore largement l'une des personnalités favorites des électeurs de droite. 79% des sympathisants LR nous indiquent avoir confiance en Sarkozy", observe le sondeur Jean-Daniel Lévy, directeur du département politique et opinion chez Harris Interactive.
Figure tutélaire de la droite, l'ancien président de la République (2007-2012) sera ce lundi présent, salle Gaveau à Paris, où son ex-ministre de la Justice tiendra l'unique réunion publique de cette envergure de sa campagne municipale. Il y a treize ans, dans cette salle du VIIIe arrondissement de la capitale, Nicolas Sarkozy prononçait son discours de victoire à l'élection présidentielle, et Rachida Dati était aussi dans la pièce.
"C'est une sarkozyste de la première heure, elle fait vraiment partie du sérail", rappelle Gilles Richard, enseignant à l'université Rennes-II et auteur d'une Histoire des droites en France de 1815 à nos jours. Dans un livre paru en novembre 2019, La confiscation du pouvoir, l'ancienne garde des Sceaux présentait son mentor comme l'une "des rares personnes qui savent dépasser leurs préjugés", la regardant "telle que [j']étais, pas comme une fille qui vient de rien".
"Il y a un truc chez elle, elle n'est pas en toc", disait de Dati l'ancien président, selon Dati elle-même, qui le présentait en retour sur le plateau de BFMTV en 2016, comme "le meilleur d'entre nous".
"Une nostalgie de Nicolas Sarkozy"
Cette proximité légitime les parallèles entre la campagne victorieuse en 2007 de l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine et la méthode de l'actuelle maire du VIIe arrondissement pour emporter l'hôtel de ville parisien. Un modèle historique pour la droite. "Il y a une nostalgie de Nicolas Sarkozy, admet Agnès Evren, candidate LR dans le XVe arrondissement. On est orphelin d'un chef. Personne à droite n'a son leadership et sa capacité d'entraînement."
L'eurodéputée en est un excellent exemple. Rachida Dati a dû remuer tous les leaders de la droite pour convaincre Agnès Evren de concourir pour la mairie du XVe arrondissement. Selon Le Figaro, cette dernière a d'abord décliné la proposition. François Baroin, le maire de Troyes, qui sera aussi présent ce lundi au meeting parisien, est intervenu auprès d'Evren, en vain.
Finalement, ce sont les coups de fil de Christian Jacob, président de LR, et surtout de... Nicolas Sarkozy, qui pousse l'eurodéputée a renié son engagement de "n'être candidate ni à la mairie de Paris ni à une mairie d'arrondissement" (tract de septembre 2018) pour venir renforcer la campagne de Rachida Dati.
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"Nicolas a une amitié forte pour Rachida, et ce n'est pas pour rien, car quand je la vois sur le terrain, j'ai l'impression de le voir lui", dit aujourd'hui Agnès Evren. Au cours de ces innombrables déplacements "sur le terrain" justement, l'une des spécificités des campagnes de Sarkozy, dans les rues de Paris auprès des électeurs potentiels, Rachida Dati joue une partition tout à droite avec deux instruments mis en avant : sécurité et propreté.
Comme Sarkozy, elle insiste sur son nom, son image de marque, qu'elle met en avant sur toutes ses affiches. "En politique, il faut une incarnation et Rachida Dati incarne la droite. Elle peut faire revenir notre électorat de droite et du centre parti chez Macron", assure Agnès Evren.

Rachida Dati et Nicolas Sarkozy après un meeting de la campagne pour la présidentielle à Toulon, en mai 2012.
© / afp.com/Boris Horvat
Dati ponctue le tout de sorties que n'auraient pas reniées le mentor Sarkozy. "Elle le copie aisément", souffle Gilles Richard. La "soumission aux dealers" qu'elle dénonce dans certains quartiers de la capitale fait par exemple écho au "karcher" sarkozyste. "Comme Sarkozy, elle dit assumer totalement ses propos, quitte à heurter, et ça marche", souligne Jean-Daniel Lévy.
"Une amitié politique sincère"
Pourtant, interrogée sur ce point, Rachida Dati écarte la statue du commandeur : "On se voit, on se parle, il y a des choses qui se font. Mais je ne prends pas de cours particuliers et je ne suis pas sous tutelle", même si "c'est un honneur qu'il soit présent à notre meeting du 9 mars", expliquait-elle fin février. "Il y a une énergie commune, c'est vrai", réfléchit le candidat LR à la Baule Franck Louvrier, ancien conseiller de Sarkozy, de la mairie de Neuilly à l'Élysée.
Lui qui a aussi vu l'ascension de Rachida Dati souligne néanmoins la "grande différence" entre une élection municipale et une élection présidentielle. Mais la présence de l'ancien chef de l'État - "qui a tourné la page de la vie politique sans refermer le livre de sa vie", poétise ce proche - marque "une volonté d'aider quelqu'un qui a été présent dans d'autres moments quand Nicolas avait besoin d'elle". Il s'agit simplement de "la poursuite d'une amitié politique sincère", évacue Franck Louvrier.
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Agnès Evren glisse quand même un objectif politique à tout cela : "Nicolas Sarkozy pense au niveau national. Il estime que notre responsabilité est de bousculer la configuration du duel LREM-RN. Sa venue signe sa loyauté envers notre famille politique." Selon Gilles Richard, "LR est un bord du gouffre et il faut sauver la boutique. Les municipales sont décisives pour le parti, donc on rassemble toutes les grandes figures qu'il y a encore à voir."
"Rachida Dati peut faire venir qui elle veut, même Obama, ça ne compensera pas l'absence de mesures concrètes sur la sécurité et la propreté", rigole-t-on du côté de l'équipe d'Agnès Buzyn, la candidate LREM. Pas de quoi entamer la motivation de sa rivale LR. "Comme dirait Sarkozy, 'on est à fond et on accélère'", lâchait-elle aux Echos le 7 février dernier.
