Bernard Cazeneuve porte un regard contrasté sur les débuts de la présidence d'Emmanuel Macron. Dans un entretien au Parisien, l'ancien Premier ministre salue le climat né de l'élection du nouveau chef de l'Etat, mais s'interroge sur son action à venir.
"Pour l'heure, nous assistons à une juxtaposition d'images sympathiques, qui contribuent à créer un climat d'optimisme auquel le pays aspire, mais qui ne doit pas le priver de lucidité", prévient Bernard Cazeneuve.
Et d'expliquer: "Le nouveau Parlement n'est pas encore élu, il n'a donc pas légiféré. Aucune mesure réglementaire n'a été prise, à l'exception de celle concernant les rythmes scolaires... On ne sait pas non plus ce que le gouvernement va proposer sur des sujets fondamentaux comme la réforme du Code du travail..."
Contre une "majorité large et inexpérimentée"
Chef de file du PS aux élections législatives, Bernard Cazeneuve met en garde contre "une majorité large et inexpérimentée,autour d'un parti unique", en cas de nette victoire de La République en marche. L'ex-chef de gouvernement appelle donc les électeurs de gauche à voter en faveur du PS, afin d'éviter "un tête-à-tête dangereux" entre Emmanuel Macron et "la seule droite".
"Je pense que la véritable modernité, c'est la coalition dans le respect de l'apport de chacun", ajoute Bernard Cazeneuve, qui critique le profil des candidats de LREM.
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"Certains sont des recalés-recyclés d'anciens partis politiques,qui ont trouvé l'occasion d'un bain de jouvence en prenant l'étiquette d'un nouveau parti. D'autres candidats ne disposent, eux, que de peu d'expérience."
"Je ne vois pas où est la modernité"
Bernard Cazeneuve s'étonne ainsi que le mouvement d'Emmanuel Macron oppose des candidats à de jeunes responsables socialistes. "Si la modernisation de la vie politique consiste à tuer les jeunes pousses, qui sont parfois des femmes, issues de la diversité, qui se sont faites par leur seul talent (...) alors je ne vois pas où est la modernité", déplore Bernard Cazeneuve, évoquant le cas de Seybah Dagoma (5e circonscription de Paris) ou Najat Vallaud-Belkacem (6e du Rhône).
Dans cet entretien, Bernard Cazeneuve se dit enfin "stupéfait d'entendre qu'il y aurait une volonté de moralisation de la vie politique Française. 90% de ce qui devait être fait en la matière a été fait durant le quinquennat précédent". "Ce qui est présenté aujourd'hui, c'est un complément utile", estime-t-il.
