C'était attendu. Le projet de revenu universel a été au coeur du dernier débat télévisé de la primaire à gauche entre Manuel Valls et Benoît Hamon. Les candidats se sont longuement opposés sur le bien-fondé d'une telle mesure.
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Dans l'esprit de l'ancien ministre de l'Education, la proposition est une réponse à la révolution numérique, qui va selon lui raréfier l'emploi salarié en France. "Un rapport de l'OCDE montre que pour la France, 10% des emplois seraient menacés (...) Pour la France, un emploi sur deux pourrait être directement impacté par l'automatisation", indique-t-il. Dans ces conditions, l'octroi d'une allocation à tous les Français leur permettraient d'affronter plus sereinement ces bouleversements.
"Etudes" contre "foi et croyance"?
La fin du salariat? Manuel Valls récuse cette analyse. Il ne croit pas au crépuscule de l'emploi. "Le travail ne va pas disparaître. Il mute et il faut accompagner cette mutation", assure-t-il. Selon lui, le revenu universel est "un message d'abdication par rapport aux mutations", qu'il faudrait au contraire "accompagner". En clair, le revenu universel serait une capitulation face au chômage de masse.
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Des arguments qui peinent à convaincre Benoît Hamon, qui a immédiatement réaffirmé son "désaccord important avec Manuel Valls", qui n'opposerait aux "études" sur l'impact du numérique sur le travail que sa "foi" et sa "croyance".
"Aujourd'hui, on voit que cette raréfaction a commencé. Je pense qu'il vaut mieux anticiper un processus, quitte à ce qu'on se trompe, en équipant ceux qui connaissent ces nouvelles formes de travail", a lancé le député des Yvelines. Jouer la carte de la révolution numérique ou se protéger contre ses effets: entre le frondeur et l'ancien Premier ministre, les différences sont bien "irréconciliables".
Valls, le "candidat de la feuille de paie"
Une éventuelle taxation des robots illustre ces divergences. Benoît Hamon souhaite prélever des cotisations sur ces machines qui suppriment des emplois peu qualifiés afin de financer son revenu universel. Cela "entraînerait une perte d'attractivité" de la France, s'inquiète de son côté Manuel Valls, qui reprend les arguments de Vincent Peillon et d'Arnaud Montebourg, qui évoquaient le risque de délocalisation.
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Mais les divergences entre les deux hommes sur la question du revenu universel ne se limitent pas à son seul bien-fondé. Convaincu que l'intégration sociale passe par le travail, Manuel Valls juge le projet de Benoît Hamon dangereux.
"Ce que les Français demandent, c'est de travailler davantage, c'est d'être mieux formés, mieux armés", a dit celui qui propose de réintroduire une des mesures phare du quinquennat Sarkozy, la défiscalisation des heures supplémentaires." Lors de la campagne, il avait déjà agité le spectre d'une "société du farniente" en cas de mise en oeuvre du revenu universel.
Un coût "exorbitant pour la société"
Le coût du projet coût cristallise enfin les débats. Benoît Hamon chiffre sa proposition à 300 à 400 milliards d'euros, et précise qu'elle sera financée par "un transfert de richesses et des prélèvements nouveaux". Cela ne coûtera "pas un euro aux caisses de l'État', assure-t-il.
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Pas de quoi convaincre Manuel Valls. "Le coût est exorbitant pour la société. Cela coûterait 400, 450 milliards, lâche l'ex-Premier ministre. Je suis le candidat de la feuille de paie, et je ne veux pas que Benoît Hamon soit le candidat de la feuille d'impôt", conclut-il dans une formule qui rappelle étrangement un des slogans d'Arnaud Montebourg.
