Qui a dit: "Je les roule dans la merde, moi, comprenez-vous?... J'ai de quoi foutre la baraque en l'air"? Coluche? Non, c'était, il y a vingt ans, Pierre Poujade, le "papetier de Saint-Céré", champion des petits commerçants contestataires. Quant à Coluche, voici une de ses réflexions, il y a moins d'un mois: "Je veux aller jusqu'au bout et foutre la merde."

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Si l'on passe du chapitre de la vulgarité à celui de la psychologie, l'analogie entre Poujade et Coluche persiste. Les deux hommes croient à leur mission historique. Dans son autobiographie, J'ai choisi le combat, Poujade écrit: "Il ne faut pas me prendre pour une nouvelle Jeanne d'Arc. Mes voix ne viennent pas d'en haut, elles viennent d'en bas." Coluche, lui, vient de déclarer, en toute modestie: "A part Giscard d'Estaing, tous les autres candidats ont intérêt à voter pour moi." Conclusion d'une journaliste, après avoir interrogé l'ancienne troupe du Café de la gare: "En langage 'psy', Coluche est atteint de mégalomanie."

De quoi rêvent les mégalomanes en politique? De la révolution, évidemment! Hier, Poujade se croyait seul capable d'épargner cette épreuve au pays: "Ce que nous voulons, c'est économiser une révolution à la France..." Au contraire, Coluche se croit seul capable de la mener à bien : "La révolution, c'est pas Mitterrand qui va la faire. Mais, par contre, ça pourrait être moi."

Poujade, hier, et Coluche, aujourd'hui, ont déployé le même étendard de la révolte contre l'establishment politique. Version Coluche: "Les mecs en ont marre de la politique. Donc, je veux réunir tous les gens que la politique fait chier."

D'origine serbe, historien et journaliste, Branko Lazitch (1923-1998) a participé à la résistance yougoslave contre le nazisme. Réfugié en Suisse après 1945, il se spécialise dans l'histoire de l'Union soviétique et de l'Internationale communiste. Collaborateur régulier de L'Express, il s'attaque à la candidature du comique Coluche qu'il rapproche de l'ancêtre du populisme, Pierre Poujade.