Si Manuel Valls avait choisi d'être très offensif contre Benoît Hamon depuis le début de la semaine, il a clairement renoncé à cette stratégie pendant le débat de la primaire à gauche ce mercredi. D'emblée, l'ancien Premier ministre a rappelé "l'amitié et le respect" qu'il témoignait à son adversaire.

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Les deux candidats ont commencé par opposer leur conception du travail: Benoît Hamon considère que "la raréfaction du travail a déjà commencé" en France, et qu'il faut "mieux anticiper ce processus en équipant de droits nouveaux ceux qui connaissent ces nouvelles formes de travail".

"J'assume", martèle Benoît Hamon

Manuel Valls, lui, soucieux de "porter la société du travail", a repris sans ciller l'un des slogans d'Arnaud Montebourg, se présentant comme "le candidat de la fiche de paie" face à celui de "la feuille d'impôt". Il a refusé "le message d'abdication" qu'il attribue à son éphémère ministre de l'Education: "Il ne faut pas seulement faire rêver", a tancé Valls. Réponse immédiate de Benoît Hamon: "Les rêves que vous avez financés sont ceux de ceux qui en avaient déjà beaucoup."

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Pendant deux heures, celui qui est arrivé en tête au premier tour de la primaire n'a jamais laissé passer une attaque de son rival. "Benoît s'est opposé à la loi contre le port de la burka", a rappelé Manuel Valls; "La laïcité n'est pas un dogme de plus, c'est l'art de vivre ensemble", a rétorqué Benoît Hamon en citant François Hollande. "Quand on est candidat à la présidence de la République, il faut être transparent", a répété Valls; "Quand on est candidat à la présidence de la République, on écoute les plus hautes autorités de l'Etat", a répondu Hamon, citant notamment l'avis du Conseil d'Etat qui avait suspendu, en août dernier, des mesures municipales interdisant le port du burkini. "Gouverner c'est assumer ses responsabilités", a souligné Valls; "Gouverner c'est être clairvoyant, savoir trancher et savoir hiérarchiser", a rétorqué Hamon.

"Benoît n'a pas toujours respecté les règles"

Il a assumé avoir voté contre une nouvelle prolongation de l'Etat d'urgence, rappelant qu'il avait aussi voté contre la déchéance de nationalité et qu'il aurait voté contre la loi travail s'il n'avait pas été fait usage du 49.3 - les deux textes qui ont le plus fracturé la gauche au cours du quinquennat. Pendant tout le duel, Benoît Hamon a défendu concrètement son programme et la priorité donnée à l'environnement. En face, Manuel Valls a donné l'impression de laisser les discussions tourner autour des propositions de son concurrent, les critiquant plutôt qu'en apportant de nouvelles.

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Au final, chacun a défendu sa vision de la gauche et de la pratique gouvernementale: "Nous avons gouverné ensemble!", a rappelé Valls, pour souligner qu'il n'était pas seul comptable des erreurs du quinquennat. Les deux se sont engagés à se soutenir en cas de victoire de l'autre, y compris Manuel Valls, alors qu'il avait refusé de répondre à cette question au micro de FranceInfo, le 24. "Je respecterai les règles", répond-il avant de glisser, en allusion à la fronde sur la loi Travail, que "Benoît n'a pas toujours respecté les règles". "Respecter la règle, c'est commencer par respecter le programme sur lequel on a été élu", lui a répondu Hamon. Visiblement plus à l'aise et plus cohérent sur son projet, mercredi soir, que son opposant.