Ce n'est pas un problème récent, mais il a été mis en lumière cette semaine par un livre-enquête édifiant. La maltraitance dans les Ehpad, notamment privés, est un sujet récurrent, et pourtant peu traité par les responsables politiques. Dans Les Fossoyeurs, le journaliste Victor Castanet décrit un système où les soins d'hygiène, la prise en charge médicale, voire les repas des résidents sont "rationnés" pour améliorer la rentabilité du groupe Orpea - coté en Bourse -, alors même que les séjours sont facturés au prix fort.

Le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a qualifié mercredi ces révélations d'"absolument révoltantes" et estimé que "si ces faits sont avérés, ils devront évidemment être sanctionnés avec la plus grande sévérité". La ministre déléguée chargée de l'Autonomie des personnes âgées, Brigitte Bourguignon, rencontrera "dans les plus brefs délais" le directeur général d'Orpea, Jean-Christophe Romersi, "à la demande du ministre de la Santé".

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Mais le problème semble plus large, plus profond. Depuis des années, des voix s'élèvent pour dénoncer ces dysfonctionnements et la maltraitance dans ces établissements, rappellent les acteurs du secteur, qui regrettent un manque de moyens et de mobilisation de la société sur ce sujet. La sortie de ce livre-enquête a permis de mettre en lumière le problème, à quelques semaines du premier tour de la présidentielle. L'occasion pour les différents candidats déclarés d'annoncer de se positionner sur le sujet. Tour d'horizon des programmes présidentiels sur la question des Ehpad.

Un "référentiel" pour le public et le privé proposé par Valérie Pécresse

Cette semaine, la candidate désignée pour mener la campagne des Républicains, Valérie Pécresse, a appelé à "radicalement changer le modèle des Ehpad", avec notamment un "référentiel" applicable au public et au privé. "Bouleversée" par les révélations de l'ouvrage, la présidente de la région Île-de-France qualifie dans un communiqué ces dysfonctionnements de "naufrage" et plaide pour "un référentiel obligatoire" auquel "tout établissement public ou privé devra se soumettre".

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Il faut selon elle que les conditions de vie quotidienne soient "strictement contrôlées", de la qualité de l'alimentation et des soins à la taille des chambres, en passant par "le temps consacré individuellement à chaque résident par les soignants". "J'assume que les Ehpad qui ne respecteront pas ces indicateurs seront fermés et les exploitants qui mettent leur profit avant le sens de leur mission, en portant atteinte à la dignité humaine de leurs résidents, poursuivis", ajoute-t-elle. Valérie Pécresse plaide aussi pour "donner la priorité au maintien à domicile, avec notamment un doublement des crédits d'impôt pour les services à la personne".

Yannick Jadot mise sur la solidarité générationnelle

Du côté d'Europe Ecologie les Verts, Yannick Jadot mise sur la solidarité générationnelle. Dans son programme, le député européen estime que "la ville et les institutions psycho-médico-sociales doivent se réfléchir autour d'une continuité et d'une solidarité dans chaque bassin de vie." "Pour cela il faut favoriser l'émergence de projets d'habitats partagés et de systèmes solidaires de logements de personnes âgées avec des étudiants ou des personnes en situation de handicap, et la création de passerelles entre les crèches, les écoles et les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad)", poursuit-il.

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Au Monde, la porte-parole du candidat écologiste, Delphine Batho, développe : "Vous n'arriverez pas à remplir les postes s'il n'y a pas de meilleures conditions de travail et une meilleure reconnaissance de la société. Le bien-être et le soin à nos anciens sont une priorité absolue, et font partie des choses que les leçons de la pandémie devaient mettre à l'ordre du jour. Or, le gouvernement actuel n'a cessé de remettre à plus tard les questions de financement sur le grand âge". Le quotidien ajoute que le parti, s'il arrive au pouvoir, entend également établir un ratio de 0,8 équivalent temps plein par résident, arrêter toute création de places en Ehpad privés, renforcer le contrôle de ces établissements et, enfin, revaloriser les carrières et les métiers.

Un "service public" de la dépendance voulu par Anne Hidalgo

Chez les socialistes, la candidate Anne Hidalgo a proposé jeudi sur BFMTV et RMC de construire un "service public" de la dépendance, avec "des lieux lorsqu'on ne peut plus rester à domicile" et "un accompagnement à domicile" par "des personnels formés", sans chiffrer son projet.

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L'actuelle maire de Paris explique dans son programme vouloir mettre en place "un service public d'accompagnement de la perte d'autonomie pour orienter et conseiller les familles dans chaque territoire" mais aussi renforcer les "aides humaines, en revalorisant l'APA [allocation personnalisée d'autonomie] pour permettre le soutien à domicile", et "repenser totalement" la "présence humaine (infirmières, aides-soignantes...) dans des Ehpad". "Un plan de formation et de recrutement pour les métiers du grand âge sera déployé, utile pour l'emploi et l'aménagement du territoire et construit autour du triptyque professionnalisation, valorisation salariale, reconnaissance", poursuit le document.

Les députés socialistes ont de leur côté demandé au gouvernement "un droit de visite des parlementaires dans les Ehpad", "une vraie loi pour l'autonomie et sur le grand âge", et "une commission d'enquête parlementaire".

Christiane Taubira défend une revalorisation de salaires

Quant à Christiane Taubira, elle ne s'est pas encore prononcée sur ce sujet, alors que le thème de la santé est bien présent dans son programme. Avant la vague d'indignation provoquée par le livre-enquête, l'ancienne garde des Sceaux s'était déplacée dans un Ehpad à Neuville-sur-Oise (Val-d'Oise) la semaine dernière, en soutien aux employés en grève.

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L'occasion de se positionner en défendant "une plus juste reconnaissance à l'ensemble des salariés du médico-légal" qui passera par "la remise en question des méthodes managériales et par une juste revalorisation des salaires".

La LFI souhaite interdire les Ehpad privés

Selon Le Monde, la députée Caroline Fiat (La France insoumise), ancienne aide-soignante de nuit dans un Ehpad du groupe Korian, qui a contribué à l'élaboration du programme du candidat naturel Jean-Luc Mélenchon, souhaite interdire les Ehpad privés lucratifs. Une idée radicale qui s'accompagne de la volonté de recruter de 210 000 personnes.

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Le programme du candidat LFI prévoit par ailleurs la création de 50 000 places dans ces établissements sur le quinquennat et un ratio d'encadrement minimal de 0,6 (ce qui correspond à 60 soignants pour 100 résidents).

Un "service public du grand âge" avec Fabien Roussel

A gauche toujours, les idées se croisent entre le Parti communiste mené par le candidat Fabien Roussel et LFI. "Le problème, c'est qu'on a laissé au marché le soin de s'occuper du grand âge", a constaté le député du Nord sur franceinfo. Pour y remédier, le candidat PC souhaite la mise sous tutelle des groupes privés. "Dès 2022, il sera créé sur trois ans 300 000 emplois en Ehpad et 100 000 aides à domicile. Un service public du grand âge sera créé, et les Ehpad dépendant des groupes privés seront placés sous tutelle", peut-on lire dans son programme en ligne.

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La revalorisation des salaires des professionnels du secteur est également évoquée "selon une grille à définir avec les organisations syndicales", est-il précisé, en plus d'un "plan d'investissement pour la réalisation et la modernisation des Ehpad". Enfin, Fabien Roussel entend renforcer les unités de soin de longue durée (USLD).

Marine Le Pen veut davantage de personnel médical

De son côté, la candidate du Rassemblement national, Marine Le Pen, a demandé sur Twitter "la création d'une commission d'enquête parlementaire sur la gestion des Ehpad par des groupes privés".

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Dans son programme, qui sera dévoilé totalement le 5 février prochain, la présidente du parti prévoit "d'accroître la présence du personnel médical au sein des EHPAD" estimant que "chaque établissement doit être doté d'un médecin coordonnateur et une infirmière doit être présente 24 heures sur 24." Elle entend par ailleurs mettre l'accent sur les proches aidants et allonger "la durée du congé des proches aidants à 12 mois pour l'ensemble de la carrière avec une indemnisation indexée sur le revenu de la personne aidante avec une couverture (par tranche) à 100% des pertes salariales au niveau du SMIC, à 80% jusqu'au salaire médian puis à 50% au-delà (plafonnée à 3000 euros net)."

Eric Zemmour propose de mieux contrôler

Quant au candidat identitaire Eric Zemmour, aucune allusion à la santé n'est présente parmi les thématiques mises à disposition sur son site. L'ancien journaliste a néanmoins été interrogé sur le sujet sur la chaîne Public Sénat mercredi dernier et a annoncé vouloir supprimer les agences régionales de santé (ARS) et "améliorer le contrôle en amont" des Ehpad. Sans donner plus de détails.