Abstention massive, prime donnée par les électeurs aux sortants LR et PS, échec du RN à emporter une région, y compris Paca, et déconvenue territoriale pour le parti présidentiel... Le second tour des régionales n'a pas laissé beaucoup de places aux surprises dimanche. À un an de la présidentielle, quels enseignements peut-on en tirer ?

Abstention massive

Malgré les appels au vote répétés de la classe politique, deux électeurs sur trois ont encore boudé les urnes pour une abstention record, autour de 66%, un chiffre quasi identique au premier tour. "Il y a un climat d'opinion défavorable qui est très installé et qui ne pouvait pas être modifié en une semaine", estime Pierre Lefébure, politiste de l'Université Sorbonne-Paris Nord.

"Une semaine d'exposition médiatique très forte n'a absolument rien fait bouger, souligne de son côté Bruno Cautrès, directeur de recherche CNRS, interrogé par 20 Minutes. Ce n'est pas un problème d'organisation du scrutin, de mise en évidence des enjeux, ou de facilitation du vote, mais un vrai problème structurel, qui met à nouveau en lumière la crise de notre modèle démocratique et la défiance des électeurs."

LIRE AUSSI : Anne Rosencher : l'abstention, cette grande mélancolie démocratique

Pour l'opposition, notamment pour le Rassemblement national, c'est justement la mauvaise organisation du scrutin qui a pesé sur la participation. "Les dysfonctionnements gravissimes d'organisation du scrutin engagent clairement la responsabilité du pouvoir exécutif et du ministre de l'Intérieur", a ainsi dénoncé sur BFMTV Jordan Bardella, vice-président du RN et candidat battu en Île-de-France.

La droite profite de la prime aux sortants

Hors abstention, le scrutin a été marqué par une prime aux sortants parfaitement respectée puisque tous les présidents de régions, de gauche comme de droite, ont été réélus en métropole. La prime aux sortants profite à plein à la droite classique, qui retrouve de l'élan en vue de 2022 alors qu'elle semblait prise en étau entre le RN et LREM.

Candidat proclamé à la présidentielle, l'ex-LR Xavier Bertrand a largement remporté son pari dans les Hauts-de-France : avec entre 52,37% des voix, il devance de près de 27 points son adversaire du RN Sébastien Chenu. Immédiatement après 20 heures, le sortant s'est dit prêt à aller à "la rencontre de tous les Français".

LIRE AUSSI : Régionales : Bertrand, Pécresse, Wauquiez réélus, qui part en pole position pour 2022 ?

Autre prétendant possible à droite pour 2022, Laurent Wauquiez l'emporte haut la main en Auvergne-Rhône-Alpes, avec 57,17% face à la liste d'union de la gauche.

Et en Ile-de-France, Valérie Pécresse (ex-LR, Libres !), récolte autour de 45% des voix là encore face à une gauche unie emmenée par l'écologiste Julien Bayou. La présidente sortante passait elle aussi son test grandeur nature sur la route de 2022, se disant prête à "prendre toute sa part" à "une équipe de France de la droite et du centre qui a émergé".

La gauche requinquée grâce à l'union

Dans la lignée du premier tour, la gauche sort aussi requinquée de ce scrutin et maintient ainsi son ancrage local. De quoi faire dire au numéro un du PS Olivier Faure que son parti avait la "responsabilité de rassembler l'ensemble de la gauche et des écologistes" pour 2022.

"La gestion et les partenaires de Valérie Pécresse ont montré qu'elle est très loin de la gauche. Je crois qu'hier ce qui a gagné ou progressé à gauche c'est l'union. Dans toutes les régions où la gauche partait en conquête elle gagne quand elle est unie", a également commenté Audrey Pulvar sur franceinfo, qui partageait l'affiche en Ile-de-France avec Julien Bayou et Clémentine Autain.

Alain Rousset (PS), président de région depuis 1998, a décroché un cinquième mandat en Nouvelle-Aquitaine, sans s'allier avec EELV.

En Occitanie, la socialiste Carole Delga a également été très confortablement reconduite par les électeurs, puisqu'elle est la présidente la mieux réélue de France. François Bonneau en Centre-Val de Loire, et Marie-Guite Dufay en Bourgogne-Franche-Comté, ont aussi facilement reconduit leur mandat au terme d'une campagne qui s'annonçait pourtant difficile.

LIRE AUSSI : Régionales : à gauche, des unions aux résultats contrastés

En Bretagne, région emblématique pour la majorité qui y avait obtenu parmi ses meilleurs scores à la présidentielle, le président socialiste sortant Loïg Chesnais-Girard vire en tête. Mais, après avoir fait cavalier seul en refusant tout accord avec EELV comme LREM, il n'aura qu'une majorité relative.

La gauche peut aussi se targuer de voir une région basculer dans son escarcelle : à La Réunion, Huguette Bello, à la tête d'une liste d'union, a revendiqué sa victoire face au sortant Didier Robert (DVD).

Echec cuisant du RN

Les remontrances de la présidente du parti, Marine Le Pen, envers ses électeurs à l'issue du premier tour des élections n'auront pas suffi. Dimanche soir, le Rassemblement national a essuyé un échec dans de nombreuses régions, où il menaçait pourtant les autres candidats.

Si les sondages prédisaient avant le premier tour du 20 juin une victoire au RN en région Provence-Alpes-Côte d'Azur, le candidat Thierry Mariani (ex-LR devenu RN) voit la victoire filer à Renaud Muselier (LR). Ce dernier, qui a notamment bénéficié du retrait du candidat de gauche pour faire barrage au RN, engrange autour de 57% des suffrages contre 43% pour Mariani.

LIRE AUSSI : "On ne changera pas notre ligne" : après la déception des régionales, le RN vise déjà 2022

Une vraie déception pour le RN qui espérait briser le plafond de verre lors de ce scrutin et enclencher une dynamique en vue de la présidentielle. "Je pense qu'il y a plusieurs facteurs, mais nos électeurs, les mêmes qui s'étaient déplacés en 2015 [pour les dernières élections régionales] ne sont pas allés voter à cette élection", souligne pour sa part Louis Alliot sur France Inter ce lundi matin, selon qui, si le problème "concerne tout le monde", "il faut s'interroger".

Marine Le Pen a cependant donné "rendez-vous aux Français, dès demain, pour construire tous ensemble l'alternance dont la France a besoin".

Nouvelle déconvenue territoriale pour LREM

Quant à la majorité présidentielle, absente au premier tour en Paca, éliminée dans les Hauts-de-France, en Auvergne-Rhône-Alpes ou en Occitanie, elle confirme ses faibles étiages là où elle a pu concourir. De quoi faire de ces régionales "un coup de semonce très important pour la majorité", dixit le patron du MoDem François Bayrou, alors qu'un remaniement limité pourrait avoir lieu.

LIRE AUSSI : Régionales : les occasions manquées d'Emmanuel Macron

La République en marche et ses alliés ont recueilli moins de 10% de suffrages au second tour, alors que le mouvement avait été éliminé dès le premier tour dans trois régions, note Le Monde. C'est une nouvelle déconvenue pour le parti présidentiel qui avait également peiné à s'implanter territorialement aux dernières élections municipales.

Mais Emmanuel Macron, qui s'est offert un bain de foule dimanche en marge de son vote au Touquet, semble résolu à vite tourner la page de ce scrutin pour se projeter dans la campagne de 2022. Lundi, il occupera ainsi le terrain économique en visitant une usine de batteries électriques à Douai (Nord), notamment en compagnie de... Xavier Bertrand.

Des départementales à l'image des régionales

Dans l'ombre des régionales, les départementales ont été logiquement marquées par une abstention massive équivalente au premier tour. Là aussi, prime aux sortants, avec un léger avantage à la droite qui renforce encore son implantation. Les ministres Sébastien Lecornu (Eure), Gérald Darmanin (Nord) et Brigitte Bourguignon (Pas-de-Calais) l'ont emporté largement, tout comme Marine Le Pen dans son canton d'Hénin-Beaumont.

Mais le RN a échoué à percer dans les Pyrénées-Orientales, département conservé par la gauche. Événement enfin dans le Val-de-Marne où le Parti communiste a perdu le dernier département qu'il dirigeait encore, et ce depuis 1976, au profit de la droite.