Les rues du quartier de Petite-Synthe, à Dunkerque, sont presque désertes ce dimanche matin. Entre les façades de briques et les maisons sagement alignées, quelques rares passants se pressent, et s'engouffrent à travers une double porte barbouillée de dessins d'enfants. Ni affiches, ni tableaux électoraux, c'est à peine si l'on remarque le bureau de vote n°10, installé dans l'école élémentaire Jules Ferry. Sur le mur de briques de l'enceinte, un graffiti anti-police côtoie un "FN en force".

Marine le Pen y a obtenu 40% des suffrages au premier tour. Jean-Luc Mélenchon est arrivé second, avec 22,5%, devant Emmanuel Macron (11%). Un bureau plutôt représentatif de l'agglomération : Dunkerque est la quatrième grande ville où le Front national a enregistré son meilleur score au premier tour (29,9%), derrière Calais, Béziers et Avignon.

"Qui ne tente rien n'a rien"

Elodie, femme au foyer de 28 ans, n'a pas hésité devant l'urne. Pour elle, ce sera Marine. "Qui ne tente rien n'a rien", déclare la jeune femme, qui a une opinion bien à elle sur le débat du second tour: "Marine défendait ses idées, c'est Macron qui l'attaquait tout le temps!" Elle ne croit pas à la suppression de la taxe d'habitation pour 80% des Français, ni qu'on puisse "faire baisser la délinquance avec des amendes". Référence aux mesures proposées par le candidat d'En Marche! Les priorités pour Elodie: "Le terrorisme, les fichés S, et l'immigration."

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Dunkerque est située à quelques kilomètres de la frontière avec la Belgique et du port de Calais, d'où partent les ferries pour l'Angleterre. Les migrants ont intégré le quotidien des habitants depuis plusieurs années. "Ils payent rien, et ils ont tout, pendant que les Français meurent dans la rue", s'exaspère Elodie, qui ne se plaint toutefois pas de l'insécurité. "Ici, c'est un coin tranquille."

Marine Le Pen "n'a aucune chance"

Même ressenti pour Sylvie, employée de supermarché, qui affirme ne "jamais avoir eu de souci" depuis qu'elle habite le quartier. Mais c'est un bulletin FN qu'elle glissera dans l'enveloppe. Parce que ses "filles ont peur quand elles croisent des migrants sur la route de l'école". Et parce qu'avec Macron, "c'est physique, je peux pas le sentir". Certes, pendant le débat, les réponses de Marine Le Pen n'étaient "pas claires, mais ses idées sont bonnes". Notamment la fermeture des frontières. Et tant pis pour ses cigarettes qu'elle achète en Belgique. "On fera avec." Mais de toute façon, sa candidate "n'a aucune chance". Lionel, lui, a voté Mélenchon. Il votera Macron cette fois-ci. "Le seul qui tient la route." Le sexagénaire n'arrive pas à expliquer le succès de l'extrême-droite dans sa région natale. "Les migrants, ça crée des tensions, mais je ne sais pas comment on en est arrivé là. Les gens du nord ont toujours eu la main sur le coeur!" soupire-t-il. "Les trois-quarts de ceux qui votent Le Pen le font surtout par dépit, parce qu'il n'y a aucun travail."

Un second tour "consternant"

Comme lui, presque un quart des électeurs du bureau n°10 ont choisi Jean-Luc Mélenchon au premier tour. Mais au second, la plupart affirment voter blanc. Comme Isabelle et Marc, pour qui "les banques ont déjà décidé" un second tour "consternant". Il y aussi ceux, comme Wab, venue faire barrage au FN, sans adhérer au programme d'Emmanuel Macron. "Le débat m'a quand même rassuré sur sa personne, il avait de la répartie" estime la jeune femme, responsable de rayon. Quant à Antonella, 60 ans, elle s'est décidée "ce matin" en faveur du candidat En marche ! "Pour lui, mais pas contre le Pen", précise cette employée de mairie. "Je voterai pour elle dans cinq ans!"