Oui/"Une avancée démocratique majeure"

Par Antoine Buéno

La reconnaissance du vote blanc serait une avancée démocratique majeure. Elle permettrait enfin aux électeurs de pouvoir affirmer sans ambiguïté que s'ils ne se prononcent en faveur d'aucun candidat à une élection, ce n'est pas par démission citoyenne.

En effet, l'abstention est par nature équivoque. S'abstient-on parce que l'on se désintéresse de la chose publique ou pour exprimer un message politique ? Au contraire, le vote blanc n'a rien d'équivoque. Voter blanc, c'est clairement dire : "Je ne souhaite apporter ma voix à personne. C'est un choix politique fait en conscience." C'est en cela que le vote blanc est théoriquement préférable à l'abstention sèche.

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Or, en l'état actuel de la législation française, voter blanc conduit malheureusement au résultat inverse de celui recherché. La loi du 21 février 2014 a amélioré la prise en compte du vote blanc. Les bulletins blancs sont désormais décomptés séparément des votes nuls et annexés au procès-verbal des bureaux de vote. Mais ce dispositif n'est pas applicable à l'élection présidentielle. Et, surtout, les bulletins blancs ne sont toujours pas pris en compte dans le nombre des suffrages exprimés. Autrement dit, on sait combien d'électeurs ont voté blanc, mais ce choix demeure platonique puisqu'il n'impacte pas la présentation des résultats, c'est-à-dire la représentativité réelle des élus.

Le pire dans le cadre législatif actuel n'est pas que les votes blancs ne soient pas comptabilisés comme exprimés. Le pire, c'est que, dans ce cas-là, voter blanc, c'est tout de même voter. Donc voter blanc augmente le chiffre de la participation aux élections. Autrement dit, voter blanc aujourd'hui, c'est se faire avoir deux fois lorsque l'on ne souhaite pas cautionner l'élection : une première fois parce que ce n'est pas pris en compte, une seconde parce qu'en augmentant le taux de participation on augmente la légitimité de celui ou de celle qui remporte l'élection.

C'est cela qu'il faudrait changer. Le vote blanc deviendrait alors un outil dont disposerait le citoyen. Un outil à utiliser avec discernement. Car avoir le droit de voter blanc ne signifierait pas qu'il faille le faire quelles que soient les circonstances...

Antoine Buéno est conseiller développement durable au Sénat et essayiste. Il est l'auteur de Futur (Flammarion) et No vote ! (Autrement).

Non/"Le vote blanc ne peut entrer dans le compte des suffrages exprimés"

Par Pierre Egéa

La reconnaissance du vote blanc est un thème récurrent de la vie politique française. La physionomie du second tour de l'élection présidentielle lui offre une nouvelle occasion de s'inviter dans le débat. Or, si le vote blanc apparaît comme un acte citoyen, distinct de l'abstention, s'il manifeste l'expression d'une volonté, contrairement au vote nul, il ne peut être considéré comme l'expression d'un choix électoral.

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Commençons tout d'abord par balayer l'idée reçue selon laquelle les bulletins blancs seraient assimilés à des bulletins nuls. Depuis la loi du 21 février 2014, les bulletins blancs sont "décomptés séparément et annexés au procès-verbal". Toutefois, ils n'entrent pas en compte pour la détermination des suffrages exprimés. Pour les promoteurs du vote blanc, le refus d'accorder à leur suffrage une signification politique est un déni de démocratie. C'est sans doute accorder trop d'attention à une théorie de la volonté électorale qui serait indépendante du choix d'un candidat. Or, dans une élection, il s'agit de choisir, non de se retirer sur l'Aventin.

A défaut de choix, l'électeur qui vote blanc exprime au mieux son indifférence, au pis son rejet à l'égard de l'offre politique qui lui est proposée. Le bulletin blanc apparaît alors pour ce qu'il est, un vote en négatif. Mais que faire de ce non-choix au demeurant aussi mouvant dans ses motivations qu'il y a de votants ? Peut-il valablement concurrencer un vote positif ? Peut-on y voir un suffrage exprimé au risque de déséquilibrer le résultat des élections ? Poser la question, c'est déjà y répondre.

Il n'est pas raisonnable de tirer de l'ensemble des votes blancs une signification partisane qu'elle n'a pas. Si tel était le cas, le vote blanc pourrait neutraliser les résultats du second tour de l'élection présidentielle, faute pour le candidat arrivé en tête d'obtenir "la majorité absolue des suffrages exprimés" exigée par l'article 7 de la Constitution. La démocratie représentative n'y gagnerait rien de plus qu'une perturbation supplémentaire dans un paysage politique déjà passablement morcelé. C'est inutile et incertain.

Pierre Egéa est professeur de droit public à l'université Toulouse I-Capitole et avocat à la cour.