L'événement est passé quasi-inaperçu, pourtant il est rarissime: élus de droite et de gauche se sont ligués, vendredi 13 novembre, à l'Assemblée nationale pour voter contre le gouvernement.

Le sujet de la fronde? La dotation de solidarité urbaine (DSU). Elle profite à 750 communes de plus de 10 000 habitants sur la base de critères de richesse (celle de la municipalité, celle de ses habitants).

Depuis plusieurs années, les élus des 150 communes les plus pauvres de cette liste demandent que la hausse de cette DSU leur soit réservée: vu leur situation, elles estiment en avoir plus besoin que les 600 autres, relativement mieux loties. En 2002, Jean-Louis Borloo, ministre de la Ville, leur avait donné satisfaction.

Déclaration de guerre au Sénat?

Mais cette année, le gouvernement a prévu de répartir la hausse de la DSU sur toutes les communes et non sur les plus déshéritées. Les maires de celles-ci (Clichy-sous-Bois, Sallaumines, Creil, Sarcelles, Villiers le Bel...) se sont ému de cette décision et ont convaincu Fadela Amara, secrétaire d'Etat à la Ville, de partager  leur combat.

A l'initiative de Pierre Cardo, député UMP des Yvelines et maire de Chantelou- le- Vignes,  et d'autres villes de banlieues, les rebelles ont proposé un compromis: le recentrage des aides sur les 250 les plus pauvres et non sur les 150. Matignon a refusé, mais l'amendement Cardo a été voté par des députés de tout bord, ce qui a mis le gouvernement et la commission des Finances en minorité.

Le texte doit désormais passer l'épreuve du Sénat où le projet de loi de finances pour 2010 est examiné à partir du 19 novembre. Commentaire de François Pupponi, maire PS de Sarcelles: " Revenir sur ce vote serait une véritable déclaration de guerre contre la politique de la Ville. L'argument du gouvernement est de dire 'on leur a donné beaucoup d'argent et ils n'en ont pas fait grand chose', mais on voit bien qu'il y a le choc de deux sensibilités entre les élus qui incarnent la ruralité et ceux qui représentent les banlieues."