Contre toute attente, il a dit oui. Dominique De Villepin a annoncé dimanche sur TF1 sa candidature à la présidentielle. "Il a surpris son monde" comme le résume ce matin François Hollande sur RTL. Et sa décision n'a pas manqué de provoquer un tollé dans la majorité. Loin d'avoir le souffle coupé, les responsables UMP montent au créneau les uns après les autres depuis l'annonce pour dénoncer la décision de l'ancien Premier ministre.
La ministre de l'Apprentissage et responsable UMP en charge des élections Nadine Morano a été l'une des plus virulentes. "Dominique de Villepin est un homme seul, sans moyens financiers, sans mouvement politique... L'intérêt général de la France, c'est de faire bloc autour du président de la République", a-t-elle déclaré dès dimanche soir. "Il a eu la mauvaise idée de la dissolution de 1997. Je voudrais qu'il ne commette pas l'erreur de la division en 2012", a-t-elle réclamé. "Je souhaite qu'il prenne encore le temps de la réflexion et qu'il rallie Nicolas Sarkozy", a ajouté Nadine Morano, parlant d'une "candidature de posture." Pour l'ancienne porte-parole de Dominique de Villepin, Marie-Anne Montchamp, aujourd'hui membre du gouvernement, il s'agit d'une "candidature de témoignage. [...] Je regrette personnellement car il me semble que le moment n'est pas optimal pour ce type de candidature."
"Le risque d'un 21 avril à l'envers est réel"
Plus diplomate, le ministre du Travail et de la Santé Xavier Bertrand peu avant l'annonce de la candidature à ce que "Dominique de Villepin nous rejoigne le plus tôt possible, parce que nous sommes dans un moment difficile."
Pour sa part, Valérie Rosso-Debord, députée de Meurthe-et-Moselle et déléguée générale adjointe de l'UMP, "regrette" la décision de Dominique de Villepin. Elle prévient que "seule l'union la plus large des forces, des idées et des convictions de la droite et du centre permettront d'être en position de l'emporter lors de la campagne de 2012. Le risque d'un 21 avril à l'envers est réel et nous appelons toute notre famille politique à se rassembler et à se mobiliser face à la gauche et au FN".
Le député du Finistère Jacques Le Guen qualifie même cette candidature dans Ouest-France de "faute politique" arguant que Villepin "se disqualifie dans sa capacité à rassembler les Français."
"On verra si ses convictions sont aussi fortes que les pressions"
Du côté des soutiens de l'ancien premier ministre, on se réjouit évidemment de l'annonce. "La voix forte et libre de Dominique de Villepin ne pouvait être plus longtemps absente du débat présidentiel. Sa vision, son expérience et son courage, porteront son projet politique, ambitieux face à la crise, socialement juste pour les Français et moderne pour refonder la Nation" commente le député UMP Jean-Pierre Grand, président de République solidaire, le parti fondé par Dominique de Villepin "Nos concitoyens doivent connaître les propositions de Dominique de Villepin pour la France et pour les Français, après ils jugeront. C'est la démocratie, c'est la République", poursui-il.
Et chez les socialistes, on juge plutôt cette candidature d'un bon oeil. "C'est une mauvaise nouvelle pour Sarkozy" assure le sénateur socialiste André Vallini, sur i-Télé. Jean-Louis Borloo y voit plutôt "grande mauvaise nouvelle" pour François Bayrou, candidat MoDem à l'Elysée, "pas pour Nicolas Sarkozy". "Dominique de Villepin joue une partition qui est: 'je suis au-dessus, s'il y a une crise extrêmement grave, je suis disponible. Et pour autant je laisse (François) Bayrou occuper cet espace de gens qui, par nature, sont ni franchement socialistes ni franchement Sarkozystes'", a affirmé le président du Parti radical, qui a lui-même renoncé en octobre à être candidat à la présidentielle.
"Il a une certaine vision du rôle de la France dans le monde, différente de celle de Nicolas Sarkozy. Son discours en 2003 aux Nations Unis est resté dans la mémoire des Français" a commenté le directeur de la communication de François Hollande, Manuel Valls, ce matin sur Europe1. Le candidat PS a quant à lui salué "un homme de convictions", avant de conclure: "On verra si ses convictions sonu aussi fortes que les pressions qu'il a dans son dos. On verra s'il va aller jusqu'au bout."
