Ce fut un moment singulier dans le huis clos de la réunion des députés LR, ce mercredi matin, juste avant la déclaration de politique générale de Jean Castex. Le député de l'Yonne Guillaume Larrivé a d'abord pris la parole, sans cacher son émotion : "Je m'exprime rarement devant le groupe, mais c'est la voix d'un député élu en 2012 après et malgré l'élection de François Hollande, d'un député élu en 2017 après et malgré Emmanuel Macron. J'assume tout, y compris au début du quinquennat, j'ai expliqué pourquoi je n'étais pas macroniste sur 200 pages, déclare l'auteur du Coup d'Etat Macron. J'assume mon livre et mon propos."

Puis il a poursuivi : "La question n'est pas de savoir si on est pour ou contre Emmanuel Macron. On n'est pas en 2017 et pas en 2022. En 2022, je ne sais même pas si on aura un candidat... je n'en peux plus du bavardage permanent."

"Castex, pardon, ce n'est pas la gauche"

Et voici qu'il aborda soudain le sujet délicat de Jean Castex, encore membre de LR une semaine avant sa nomination à Matignon : "Jean Castex, pardon, ce n'est pas la gauche. Est-ce que c'est la droite ? Ce n'est même plus le sujet... Pour moi le seul sujet, c'est : 'Est-ce qu'on veut que le gouvernement de Castex réussisse ou se plante en 2021?' Je n'ai pas envie de voter contre les mesures de sauvetage de notre économie nationale, je ne voterai pas contre le changement à Beauvau : ils ont viré Castaner et Belloubet (les ministres de l'Intérieur et de la Justice dans le gouvernement d'Edouard Philippe)."

"Je pourrais continuer... Ils ont installé à Matignon quelqu'un qu'on est nombreux à connaître. Il a un parcours de haut fonctionnaire et d'élu de terrain. Je n'ai pas envie de le combattre. J'écouterai le discours et je voterai en conscience et en liberté. J'espère qu'on se respectera parce qu'on n'est pas une caserne."

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Un ange est passé, puis le président du groupe LR, Damien Abad, a pris la parole : "Guillaume, ici, nous ne sommes pas dans le groupe majoritaire. Tu peux parler librement sans que personne ne t'interpelle ou ne t'invective." Après la politesse, la politique : "Regardons les choses en face, oui c'est une déclaration de politique générale. Ce n'est donc pas un plan de relance économique. Ce n'est pas un projet de loi de finances rectificative. Personne ne s'opposerait à ce plan de relance. C'est un moment politique par excellence. Notre décision est d'abord et avant tout politique. Je ne remets pas en cause les convictions du Premier ministre. Mais la question c'est : quelles seront les marges de manoeuvre du Premier ministre face à Emmanuel Macron et à la majorité, composée essentiellement de socialistes. Est ce qu'on doit rendre les clés du camion tout de suite ? Ou considère-t-on que le chemin est possible pour la droite?"

"Un îlot de droite dans un océan d''en même temps'"

Au tour de Christian Jacob, le président du parti, d'intervenir : "Guillaume, le respect, on est tous d'accord. Il faut en accorder autant aux autres. Chaque vote qui ne sera pas dans la logique du groupe sera interprété. Chaque vote affaiblira notre famille politique. Si on se divise, on s'affaiblît. Il faut autant d'exigence pour soi-même que pour les autres en matière de respect. Après, on ne va pas en faire en drame, on s'est remis de choses plus compliquées." Le ton est tranchant.

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Dans l'après-midi, Damien Abad, en réponse à Jean Castex, a dû un peu jongler, évoquant "un homme respecté et respectable", "un îlot de droite dans un océan d''en même temps'", "un chef enraciné dans une majorité hors sol". Le groupe devait voter dans son immense majorité contre, mais pour la droite, les problèmes vont continuer...