Il y a un mois, Daniel Cohn-Bendit a fait une drôle de rencontre. Devant le kiosque parisien où il achète son journal du matin, un homme lui tend soudain la main : "Bonjour, je m'appelle Patrick Bloche." Le patron de la fédération PS dans la capitale le dit tout net à son interlocuteur: "Je crois qu'à Paris, tu vas faire un malheur... Je ne connais pas un socialiste qui va voter socialiste!" 27,46% des voix contre 14,69% à la liste conduite par le PS: Bloche ne pensait pas si bien dire.

Il y a un mois, Daniel Cohn-Bendit avait encore une drôle de réputation. Il restait le "juif allemand", l'étranger, la figure de proue d'une révolution dont l'idéologie est aujourd'hui honnie par une bonne partie de l'opinion: la célébration des 40 ans de Mai 68, l'an passé, avait donné lieu, au pire, à des discours vindicatifs, au mieux, à une totale indifférence des Français. Cohn-Bendit ? Rangé, en noir et blanc, dans les livres d'histoire - un visage hilare au milieu des CRS, photo fameuse, désormais au programme des classes de troisième. Il était temps qu'il y figurât. "La moitié des électeurs de moins de 40 ans ne sait pas qui tu es", lui avait lancé un sondeur, au début de la campagne.

Sa stratégie - se cantonner à l'Europe et à l'écologie - a fini par payer. Le 7 juin, Cohn-Bendit a enfin fêté la victoire, de "Dany le Rouge" - lui, juste un peu vieilli, un peu usé, un peu fatigué, ex-agitateur devenu "M. Consensus". Voilà presque qu'il incarne le politiquement correct, dans une société convertie aux vertus de l'écologie. Michel Barnier en personne, ministre UMP, lui décernait, avant le scrutin, un brevet en "europitude".

Bientôt, Daniel Cohn-Bendit remplira la paperasse qui lui accordera la nationalité française, pour faire plaisir à son fils Bela : "Quand on a assisté à la finale de la Coupe du monde de foot à Berlin, il s'était teint les cheveux en bleu-blanc-rouge !" Cohn-Bendit père et fils en discuteront la semaine prochaine. "Passe ton bac d'abord", a demandé papa. Politiquement correct, on vous dit.

[Encadré] Verts : succès durable ? par François Koch

Les Verts voient la vie en rose. Mais ils savent que les difficultés ne tarderont pas. Et d'abord celle de faire vivre durablement leur rassemblement, en conservant Dany Cohn-Bendit comme catalyseur, et les personnalités, Eva Joly, José Bové, Yannick Jadot, ex-cadre de Greenpeace, ou Jean-Paul Besset, le bras droit de Nicolas Hulot, comme agitateurs d'idées. Jusqu'à présent, jamais en France le mouvement écologiste n'a réussi à s'installer dans la vie politique comme un parti stable et puissant, jamais il n'a su gérer ses succès. A la présidentielle de 2007, sa candidate, Dominique Voynet, avait atteint 1,6 % des voix. Or leur sauveur du 7 juin, Daniel Cohn-Bendit, a toujours juré qu'il ne serait jamais candidat à l'Elysée. Il l'a encore répété au soir de son triomphe.

Les Verts voient la vie en rose. Mais les socialistes voient-ils la vie en vert ? Considéreront-ils encore les écologistes comme une force d'appoint ou leur donneront-ils toute leur place lors des régionales de 2010 ? Cohn-Bendit a déjà montré la couleur : pas question d'accepter une "UMP de gauche". Les écologistes rassemblés veulent préserver leur autonomie. C'est, pour eux, une question de culture.

Couverture de L'Express n°3023 du 11 juin 2009 (Obama).

Couverture de L'Express n°3023 du 11 juin 2009 (Obama).

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