Ils se sont donné rendez-vous au Browns, une brasserie de Glasgow. La ville écossaise accueille le sommet sur le climat COP26. Sur les sofas bleus de l'établissement, ce lundi 1er novembre, Anne Hidalgo et Andy Burnham, le maire du "Grand Manchester". Quelques sourires et amabilités devant les conseillers qui photographient la rencontre puis cette confidence du Britannique : "Soyez vigilants avec ce Zemmour." Les candidats populistes, Burnham connaît. Il a assisté à la montée de Boris Johnson, à l'incapacité des travaillistes du Labour à lui opposer un projet solide et à convaincre les classes populaires. L'édile mancunien a apprécié le coup de sang d'Anne Hidalgo sur RTL : "Bravo, il ne faut pas se laisser faire."

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"Guignol", "raciste", "négationniste"... La veille, la socialiste a éructé contre Eric Zemmour au point d'en casser un verre, involontairement. Au micro du "Grand Jury" de LCI/RTL/Le Figaro, elle a expliqué refuser de débattre avec le polémiste et presque candidat. "J'en appelle à ce que cette élection présidentielle soit une vraie élection présidentielle avec un vrai débat, pas un débat sur cette candidature d'un guignol", s'est-elle emportée, s'inquiétant de ne voir aucune "manifestation" réunissant le bloc républicain contre Eric Zemmour.

"Eric Zemmour est un ennemi de la République"

La stratégie des socialistes, face à Zemmour, sera donc celle des coups portés à distance sanitaire, à l'instar d'un Jacques Chirac qui refusa toujours de débattre avec Jean-Marie Le Pen. "Il fut notre adversaire politique mais il a fait preuve d'un très grand courage contre l'extrême droite", se souvient Michaël Delafosse, maire de Montpellier et porte-parole d'Hidalgo. Il renchérit : "C'est impossible de débattre avec un tricheur, un fraudeur de l'Histoire comme lui. Eric Zemmour est ennemi de la République, il est Maurras et Barrès. Il faut que les Républicains le traitent comme tel !"

Chez les socialistes, on accuse tantôt la presse de trop parler d'Eric Zemmour, de lui "dérouler le tapis rouge", tantôt la droite et "une partie de la gauche" d'avoir été "léthargiques", de "manquer de clarté républicaine". Mais les mêmes socialistes n'ont de cesse d'en parler. À Lille, il était au centre des prises de paroles de plusieurs éléphants. Entre le 1er et le 5 novembre, Olivier Faure a posté 14 tweets ou retweets à son sujet. Le Goncourt à Mohamed Mbouga Sarr ? Un coup porté à Zemmour aux yeux du premier secrétaire du Parti socialiste. Qu'importe si l'écrivain a rappelé ne vouloir en aucun cas être ramené à cette actualité politique.

"L'indignation, c'est une stratégie de perdant"

"Le PS croit qu'il va pouvoir se refaire la cerise sur le problème Zemmour. Leur stratégie est grossière", s'agace-t-on chez les soldats de Yannick Jadot. Le candidat écologiste à l'élection présidentielle ne croit pas plus au "front républicain" qu'Anne Hidalgo appelle de ses voeux ; ni ne veut en parler plus que ça tant il entend mettre l'accent sur la lutte contre le réchauffement. Il préfère "enjamber" les saillies médiatiques de Zemmour, oubliant, comme Anne Hidalgo, qu'il devra tôt ou tard l'affronter en débat. "L'indignation, c'est une stratégie de perdant. En politique, il faut être dans l'offensif pour gagner", juge l'eurodéputé écologiste David Cormand.

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Sur Zemmour comme sur bien d'autres sujets, la gauche ne sait sur quel pied danser. Ainsi les socialistes et les écologistes n'ont guère été convaincus par la stratégie d'affrontement direct menée par Jean-Luc Mélenchon. L'équipe d'Anne Hidalgo l'accuse même d'avoir "légitimé" le polémiste. "Jean-Luc avait tort d'accepter de débattre avec lui. En faisant cela, il considère que l'analyse de Zemmour et son positionnement politique peuvent s'inscrire dans le débat démocratique", déplore le même Cormand pour qui il n'y a pas de "bonne stratégie" tant que "chacun réagit et surréagit aux chats morts qu'il jette tous les jours dans le débat public".

Mauvaise foi

Retour au 23 septembre. Son débat avec Eric Zemmour vient de se terminer et Jean-Luc Mélenchon pousse la porte du QG de la France Insoumise, dans le 10e arrondissement de Paris. Il a donné rendez-vous aux siens pour faire le bilan. "Opération réussie", s'exclame l'Insoumis en chef en arrivant. Autour de la table, lui et ses lieutenants débriefent les objectifs qu'ils avaient fixés avant l'émission : "le faire sortir de sa zone de confort en parlant du social", "faire s'affronter deux visions de la France", "le dominer intellectuellement", "rester calme pour apparaître comme les héritiers des Lumières et lui comme le porteur d'une guerre civile".

Comme les Verts, les Insoumis ne croient ni au "théâtre de l'indignation" proposé par Anne Hidalgo - "Elle a surjoué", s'esclaffe un Insoumis - ni à la proposition du candidat communiste Fabien Roussel d'augmenter la loi Gayssot pour rendre inéligible un homme politique qui aurait eu des propos racistes. "Sur le papier, c'est une bonne idée mais dans le timing actuel, c'est impossible. C'est de mauvaise foi", juge un proche de Jean-Luc Mélenchon qui s'agace en même temps du "mur du silence" proposé par Arnaud Montebourg lors de la venue de Zemmour à Colombey-les-Deux-Eglises le 9 novembre : "N'importe quoi ! Offrez-lui l'élection aussi !"

Jean-Luc Mélenchon a d'ores et déjà établi son plan d'attaque contre l'ancien journaliste du Figaro. "La seule solution, c'est l'affrontement, pied à pied, vision contre vision", expose l'entourage insoumis. Dans son viseur, le programme économique du candidat Zemmour : "C'est le même que celui d'Emmanuel Macron !" Après tout, pour Mélenchon, autant faire d'une pierre deux coups.