"Ça doit être un outil !" Ce mercredi 8 juin au matin, lors du troisième conseil des ministres de son nouveau quinquennat, c'est ainsi qu'Emmanuel Macron a décrit son grand oeuvre : le Conseil national de la refondation, dont il a esquissé les contours dans son interview aux titres de la presse quotidienne régionale vendredi. François Hollande, en son temps, en avait toute une boîte ; le chef de l'Etat, lui, mise donc sur cet "outil", ce grand organe encore en gestation, pour "catalyser le changement de sa méthode", glisse un ministre. Plus horizontale, plus collaborative, celle-ci est désormais censée, dans son esprit, mettre autour de la table "les forces politiques, économiques, sociales, associatives, des élus des territoires et des citoyens tirés au sort" pour bâtir une nouvelle feuille de route face aux grands enjeux qui l'attendent. Voici venir l'heure du consensus, façon Conseil national de la Résistance.

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Le pari est grand. "Qu'il ait choisi ce terme, refondation, ce n'est pas un hasard et ce n'est pas anodin : l'acronyme est trop évident et trop visible pour ne pas qu'il l'assume", chuchote un autre membre du gouvernement. Devant son équipe, Emmanuel Macron a particulièrement insisté sur les traductions territoriales à donner à ce CNR, lui qui souhaite à tout prix éviter que cette entreprise d'ampleur apparaisse comme une expérimentation dirigée depuis Paris. Les compagnons de longue date ont déjà été sondés, à l'image de Richard Ferrand : le président de l'Assemblée nationale a souligné à quel point les travaux de cette nouvelle instance décentralisée devront être transparents pour gagner la confiance des Français.

Un dîner de travail à l'Elysée

Emmanuel Macron ne compte pas seulement éprouver sa nouvelle méthode aux six coins du pays, mais aussi, semble-t-il, au sein même de son palais. Mardi soir, à 21 heures, il a convié sa Première ministre et plusieurs membres du gouvernement à un dîner de travail consacré, justement, à ce Conseil national de la refondation. Autour du chef de l'Etat et d'Elisabeth Borne étaient présents les ministres de l'Economie Bruno Le Maire, de l'Intérieur Gérald Darmanin, de la Transition écologique Amélie de Montchalin, du Travail Olivier Dussopt, de l'Education Pap Ndiaye, de la Santé Brigitte Bourguignon, des Comptes publics Gabriel Attal, de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher, le ministre chargé des Relations avec le Parlement Olivier Véran et, enfin, la porte-parole du gouvernement Olivia Grégoire.

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Une réunion productive, puisque les convives élyséens en sont sortis aux alentours de minuit. Trois heures durant, devant un Emmanuel Macron en pleine prise de notes sur un carnet, ils ont été invités, à tour de rôle, à donner leur vision de ce nouvel "outil". "Voilà ce que j'ai en tête, c'est un début, qu'est-ce que vous voyez comme forces et faiblesses ?", leur a-t-il demandé en substance après un propos liminaire visant à approfondir ses déclarations dans l'interview aux titres de PQR. "Le président a souhaité que chacun puisse exprimer son ressenti sur ce qui devait être fait ou ne pas être fait. Il n'est quand même pas inutile qu'il demande à ses ministres leurs intuitions", résume l'un d'eux.

L'un des points soulevés apparaît comme particulièrement important pour le locataire de l'Elysée : comment organiser "les discussions de terrain, dans les 1200 bassins de vie, entre toutes les parties prenantes " et, surtout, comment s'assurer que toutes ces informations locales remontent bien à Paris. On nous l'assure, le propos de ce dîner était entièrement focalisé sur les déclinaisons de la "méthode" et non sur les détails techniques de la structure elle-même, comme son fonctionnement interne, sa localisation ou ses dirigeants. "On ne va pas nous reprocher de faire les choses dans le bon ordre, quand même ? On a à peine commencé à échanger qu'on raconte déjà qu'on marche sur l'Assemblée et le CESE", grogne un ministre. On peut y voir, aussi, la même stratégie que pour les réformes à venir durant l'été : dévoiler trop de précisions aurait pour conséquence de voir les critiques se multiplier trop vite, trop tôt. Mieux vaut éviter.

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Toujours est-il qu'il faudra, un jour, lui trouver une figure de proue : côté gouvernement, on parle de la nomination d'un "secrétaire général" à la tête du CNR. Et pourquoi pas Jean-Louis Borloo, qui préconise dans son dernier livre, L'Alarme, un "Conseil national de la République" pour enfin et réellement décentraliser l'Etat français ? Et pourquoi pas la présidente du Grand Reims Catherine Vautrin, passée à deux cheveux de Matignon, dont Emmanuel Macron a vanté les mérites et dit lui-même qu'elle "sera amenée à avoir des responsabilités dans ce quinquennat" ? Quel que soit l'heureux élu, il paraît probable que le président de la République choisira un profil expérimenté et ancré dans les fameux "territoires".

En fin de dîner, Emmanuel Macron a demandé à ses ministres d'approfondir leurs réflexions en prévision de nouvelles réunions de travail, sans doute dès la semaine prochaine, entre les deux tours des élections législatives. Sans doute avait-il besoin d'étoffer son argumentaire avant les deux séances de discussions qu'il s'apprête à ouvrir : selon Les Echos, le chef de l'Etat invitera vendredi les leaders syndicaux à déjeuner à l'Elysée pour connaître leurs désidératas, puis viendra le tour des dirigeants patronaux en début de semaine prochaine. Vite, le Conseil national de la refondation est censé se mettre en route avant le 29 juin...