A chaque session parlementaire, une journée est réservée à un groupe politique. Pour ce dernier, c'est la fête, la promesse de défendre ses propres propositions de loi (PPL), et si par bonheur, ce groupe fait partie de la majorité, c'est jackpot, les textes doivent passer comme une lettre à la poste.
Jeudi 31 janvier, c'était LE jour des députés écologistes. En plein milieu du débat sur le mariage pour tous, trois PPL allaient être adoptées par la gauche. Douze heures plus tard, le bilan est pourtant plus maigre: 2 propositions validées et une rejetée sans même être examinée. Fait rare, pour ne pas dire exceptionnel: au sein de la majorité, un partenaire s'est opposé à un autre pour renvoyer en commission un texte -en l'occurence, ici, une proposition sur les ondes électro-magnétiques.
"C'est totalement hallucinant, on a pas l'impression de faire partie de la majorité quand on voit la façon dont on est traités par les socialistes", s'offusque Laurence Abeille, rapporteuse écologiste de cette maudite PPL, qui n'a pas digéré que les socialistes, et eux seuls, aient renvoyé son texte en commission.
Issue "perdant-perdant"
Comment écolos et socialistes en sont arrivés là?
Pour le comprendre, remontons quelques jours en arrière. En commission "développement durable" et "économie", ça ferraille. Le ministère de l'Economie numérique, et la ministre Fleur Pellerin, jugent "l'écriture initiale du texte inacceptable". Les mesures proposées par les écologistes, telles ques l'interdiction du wifi dans les écoles et la création de "zones blanches" non couvertes par les réseaux sans fil vont à l'encontre des projets du gouvernement. Le texte subit alors un sérieux coup de rabot.
Retour à jeudi. Mécontents d'avoir été freinés dans leur ardeur, les députés EELV décident de déposer des amendements pour rétablir le texte dans sa version initiale. Chez Fleur Pellerin, on goûte peu cette manoeuvre. Et au groupe PS, on décide de déposer une motion de renvoi en commission pour couper court au débat. "Le sujet n'était pas assez mûr pour être débattu et voté à l'Assemblée", explique-t-on chez les socialistes.
Les verts tiennent un tout autre discours. "La ministre de l'Economie numérique ne voulait pas de ce texte, car elle se fait le porte-parole des opérateurs télécoms", estime François de Rugy président du groupe des écologistes à l'Assemblée. Selon Laurence Abeille "les socialistes, et en particulier François Brotte, président de la commission, étaient même prêts à débattre, mais il n'ont pas voulu s'opposer à Fleur Pellerin". Et auraient donc accepté de déposer cette motion de renvoi.
Au final, l'UDI, les radicaux de gauche, les écologistes et les communistes ont voté contre le renvoi, et les socialistes seuls ont mis fin à la proposition de loi, puisque l'UMP n'a pas pris part au vote.
Les écolos ont perdu un texte, le gouvernement a fâché un allié, les députés PS se sont retrouvés coincés entre les deux. Finalement, tout le monde est perdant. Et dire qu'une journée d'initiative parlementaire est censée être une belle journée pour le groupe qui la détient...
