Grand oral pour Emmanuel Macron. Cinq mois après le début de la contestation des gilets jaunes, le chef de l'État s'apprête à clore la séquence du grand débat lancé en début d'année, et doit défendre ce jeudi soir les mesures avec lesquelles il espère relancer son mandat et éteindre la contestation.

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Attendu sur de multiples dossiers, il se prêtera pour la première fois à l'exercice de la conférence de presse sur des questions nationales à partir de 18 heures à la salle des fêtes de l'Elysée. Son allocution sera retransmise sur les principales chaînes de télévision et de radio.

Le rendez-vous, initialement prévu le 15 avril avait été annulé à la dernière minute en raison de l'incendie qui a dévasté Notre-Dame de Paris. Afin de déterminer une nouvelle date, l'équipe du président a jeté un oeil aux audiences des chaînes de télévision... et le jeudi en début de soirée correspond à un pic hebdomadaire.

"Des réponses ni trop longues, ni trop courtes"

Entouré de ses ministres, Emmanuel Macron prononcera en préambule une présentation d'une vingtaine de minutes qui "donnera des perspectives et un cap", avant de répondre aux 300 journalistes français et étrangers accrédités. Contrairement à ses rencontres-marathons durant le grand débat (parfois durant plus de six heures), l'exercice est cette fois calé pour durer deux heures pile, afin de donner lieu à des reprises dans les JT du soir. "Pas question de faire de cette conférence de presse un grand débat à rallonge avec les journalistes", promet-on à l'Elysée.

"Il va falloir trouver le bon rythme, avec des réponses ni trop longues, ni trop courtes pour capter l'attention et surtout que ça tienne dans les deux heures prévues", souligne dans Le Parisien Daniel Cohn-Bendit, visiteur régulier du Palais.

Les commentateurs s'accordent à dire que le président sera interrogé sur les épineux scandales comme l'affaire Benalla ou le traitement réservé aux journalistes lors des manifestations des gilets jaunes. Mais l'exercice reste néanmoins peu dangereux pour Emmanuel Macron : c'est le service presse de la présidence qui transmet les micros aux interviewers - et choisit donc les interlocuteurs présidentiels. "Ce genre de grand-messe n'est pas le lieu de l'insolence, ni de la relance", note d'ailleurs L'Obs.

Consultations à tout-va

Pour se préparer, le président est "concentré" et consulte à tout-va ces derniers jours grâce à un planning déchargé de l'accessoire, à en croire Le Monde. Parmi les personnalités reçues, "les grognards de la macronie, Richard Ferrand et François Bayrou" ainsi que "le délégué général du parti, Stanislas Guerini", affirme L'Opinion.

Sur le fond de ses annonces, "il lui est impossible de revenir totalement sur son allocution du 15 avril, peut-être sur un ou deux aspects mais pas plus. Il peut difficilement dire, par exemple, que la suppression de l'ENA n'est finalement pas une bonne idée", juge dans L'Opinion Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et politologue au Cevipof.

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Mais Emmanuel Macron compte cependant "les expliquer" et "rien n'interdit d'en ajouter", précise son entourage au Monde. Une ou plusieurs mesures inédites pourraient même être annoncées, afin de recréer l'effet "wahou" étiolé par la fuite de ses annonces dans la presse. "Macron a profité du report pour nous demander de lui soumettre de nouvelles mesures. Mais nous ne savons pas ce qu'il va en retenir", glisse ainsi une ministre dans L'Obs.

En attendant, les députés de la majorité ont interdiction depuis plusieurs d'ébruiter les annonces dans la presse. Le président "est prêt, sans stress, ni impatience excessive", souffle seulement un proche dans Le Parisien. Comment prétendre autre chose, à quelques heures d'une intervention décisive pour la suite de son quinquennat.