Un tour de chauffe pour les partis d'opposition. Voilà ce qu'a aussi représenté la semaine dernière l'examen du projet de loi d'habilitation qui doit permettre à l'exécutif de réformer le code du travail par ordonnances. Dans un paysage politique profondément chamboulé depuis l'élection d'Emmanuel Macron, les députés prennent leur marque, dans l'opposition comme dans la majorité. Et affinent leur stratégie en vue, déjà, d'une rentrée qui s'annonce chargée.
Les Insoumis quadrillent terrain
Depuis son accession au palais Bourbon, Jean-Luc Mélenchon ne cesse de répéter qu'il incarne la principale force d'opposition face à Emmanuel Macron. Un titre revendiqué par les députés du Front national mais aussi ceux de Les Républicains. Dès lundi, les députés de la France insoumise ont donc tenté de donner corps à cette volonté, avec un certain succès puisqu'ils sont farouchement opposés à ce projet de loi, tout comme ils l'étaient à la loi Travail avant leur élection.
Et la répartition des rôles est déjà bien rodée. Les médiatiques Jean Mélenchon, Eric Coquerel et Alexis Corbière sont en première ligne. Le premier joue principalement les "trolls" et râle à haute voix dans l'hémicycle, saupoudrant de ses commentaires les déclarations des membres du gouvernement tout comme celles de ses homologues. Le second fait dans la pédagogie et l'explication de texte quand le troisième s'occupe du SAV auprès des journalistes dans la salle des quatre colonnes. Et puis il y Adrien Quatennens, néo-député LFI qui a pris la lumière médiatique avec des punchlines bien senties, lors des débats cette semaine.
Les communistes en soutien de LFI
Même si les communistes et les "insoumis" font chambre à part, comprenez qu'ils ont chacun leur groupe, les premiers collaborent étroitement avec les seconds. Et vice-versa. Lors des débats dans l'hémicycle, les députés du groupe GRD, presque tous présents, saluent régulièrement les prises de parole de leurs homologues de la France insoumise, par exemple lorsqu'ils ont défendu l'utilité des syndicats mardi soir.
De quoi donner un effet de caisse de résonance aux critiques émises par les Insoumis.
La Nouvelle gauche mise sur sa technique
Réduit à la portion congrue aux dernières législatives, le groupe socialiste -qui s'appelle désormais "Nouvelle gauche"- peine à exister sur les bancs de l'Assemblée. Tout comme à l'extérieur alors que éléphants du parti ont déserté les rangs après le faible score de Benoît Hamon à la présidentielle. Malgré une faible présence des députés, Boris Vallaud fait des pieds et des mains pour faire entendre une voix socialiste.
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Le député des Landes, époux de Najat Vallaud-Belkacem, avait suivi au secrétariat général adjoint de l'Elysée la loi El Khomri. Ce qui lui permet d'assurer un suivi attentif du texte à l'Assemblée nationale, réclamant des scrutins publics sur ses amendements pour avoir une estimation fine des forces en présence. Un texte dont le contenu l'inquiète, tout comme la méthode.
C'est le premier, du fait de sa bonne connaissance des dossiers, à mettre en valeur de potentielles conséquences concrètes sur des points a priori très techniques.
Le Front national en spectateur
Les députés frontistes sont pour l'heure réduits à l'état d'observateurs. Faute de groupe parlementaire, l'examen d'amendements issus de leur rang est une opération compliquée pour eux. Cela ne les empêche pas de prendre la parole et contester le projet de loi du gouvernement, et certains amendements de la majorité, ce qu'a fait notamment Marine Le Pen ou encore Gilbert Collard.
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Parfois, ils préfèrent y aller "à l'ancienne", en interpellant à haute voix les députés et le gouvernement. Sébastien Chenu se plaît se dans ce rôle, qu'il a inauguré dès le discours de politique générale d'Edouard Philippe, en ponctuant les phrases du Premier ministre de sonores "et en même temps". Marine Le Pen, aussi. Jeudi dernier, elle a tancé le ministre du Budget en lançant un retentissant "Pas de leçon de morale, Judas".
La droite aux abonnés absents
Toute la semaine, la droite, constructive ou non, était aux abonnés absents. Et pour cause: sur ce projet de loi, les "Constructifs" comme les députés Les Républicains sont d'accord entre eux et avec le gouvernement. Bien qu'inscrit dans l'opposition, ils voteront certains projets de loi qui vont "dans le bon sens" -ce qu'ils répètent depuis plusieurs semaines- dont celui d'habilitation.
La majorité le doigt sur la couture du pantalon
Comme son nom l'indique, la majorité parlementaire -les députés LREM et Modem- bénéficie de la majorité absolue dans l'Assemblée. En l'absence de frondeurs (pour le moment?), l'exécutif sait qu'il peut compter sur le groupe pour faire adopter son projet de loi, ardemment défendu par Brigitte Bourguignon, la présidente de la commission des Affaires sociales, ou encore Aurélien Tâché, chef de file du groupe sur ce texte.
Et pour cause: chez LREM, les députés doivent marcher au pas. Le règlement intérieur du groupe, révélé la semaine dernière par le Canard enchaîné, leur impose de suivre les consignes de vote et leur interdit de cosigner des amendements ou des propositions de loi issus d'un autre groupe parlementaire. Une situation évidemment raillée par les oppositions, qui taclent des élus "godillots" et dénoncent l'absence de débat.
