A résultats contrastés, communication discrète : la publication des chiffres de la sécurité publique pour 2021 n'a pas donné lieu à son habituelle couverture médiatique. Si le sobre communiqué du ministère de l'Intérieur met en avant les quelques bons résultats obtenus en matière d'atteintes aux biens - cambriolages, vols de véhicules, vols violents, etc .-, son titre, "Chiffres de la délinquance 2021 : poursuite de la baisse engagée depuis le début du quinquennat" est quelque peu optimiste.
Car si la délinquance dite "crapuleuse", escroqueries par Internet mises à part, poursuit une décrue entamée depuis deux décennies, les violences contre les personnes, elles, connaissent une hausse soutenue depuis le début du quinquennat. Avec 306 000 faits enregistrés, les "coups et blessures volontaires" (CBV) sont en progression de 31% depuis 2017. Comme le précise le ministère de l'Intérieur, ce sont les violences intra-familiales (VIF) qui, désormais, sont la composante principale des CBV, avec 157 500 faits (+14% par rapport à l'an dernier) et qui expliquent la majeure partie de la hausse du total des violences.
Une prise de conscience plus large, notamment s'agissant des violences sexuelles, et une meilleure sensibilisation des services dans le recueil des faits et la prise de plaintes, ont probablement eu pour effet de révéler des violences existantes qui étaient jusqu'alors peu ou mal enregistrées. En l'absence de données plus qualitatives, difficile de dire si cette explosion des faits constatés est un simple effet d'enregistrement. D'autant que la violence "hors contexte familial", c'est-à-dire essentiellement la violence sur la voie publique, poursuit-elle aussi sa progression, avec près de 150 000 faits.

Faits constatés par la police et la gendarmerie.
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Montée de la violence dans la société sur le long terme
Plus dérangeante, l'hypothèse d'une montée de la violence dans la société sur le long terme est hélas plus proche de la vérité. En effet, en 25 ans, les "coups et blessures volontaires" ont été multipliés par 4, passant de 75 000 faits en 1996 aux plus de 300 000 d'aujourd'hui. Les spécialistes rappelleront que des changements de périmètre sont certes intervenus, que l'enregistrement des faits est davantage encouragé ou encore que leur matérialisation, notamment grâce à la vidéo-protection et désormais l'usage des smartphones, est meilleure. Il n'empêche : malgré quelques périodes de "plateau", la dernière en date durant le quinquennat précédent, la violence progresse dans la société. Elle progresse et elle se diffuse, car si les grandes zones urbaines restent largement en tête dans les faits constatés, les augmentations les plus fortes concernent désormais les zones périurbaines et rurales, et affectent de plus en plus des territoires jusque-là peu atteints comme le littoral atlantique.
Face à ses adversaires de droite et d'extrême-droite, Emmanuel Macron aura fort à faire durant la courte campagne qui s'annonce pour défendre son bilan en matière de sécurité, d'ailleurs jugé assez sévèrement par les Français : seuls 31% d'entre eux portent un jugement positif sur son action en la matière (source Ifop, janvier 2022), un taux d'approbation qui chute à 25% en zone rurale. Il pourra certes mettre l'accent sur une fermeté affichée, contestée à gauche mais plutôt applaudie ailleurs, en matière d'ordre public, rappeler sa détermination sur la lutte contre le trafic de drogue et le séparatisme ou encore en appeler à la patience avant que les réformes structurelles entreprises par le Garde des Sceaux en matière pénale ne produisent leurs effets.
Il n'empêche qu'à la différence de 2017, ni lui ni aucun autre candidat ne pourra esquiver les enjeux régaliens en général ni celui de la sécurité publique, celle du quotidien des Français, en particulier.
