Le résultat est historique mais il est amer pour les élus et militants communistes réunis, ce dimanche 10 avril, à l'Espace Niemeyer, au siège historique du Parti communiste français (PCF), dans le 20e arrondissement de Paris. Pour la première fois depuis 1969, le PCF porté par Fabien Roussel (2,5%), est devant la candidate socialiste, Anne Hidalgo (1,8% des suffrages). "On est au-dessus, mais ça ne veut pas dire grand chose avec ces scores, lâche un cadre de la campagne. Rien n'est joyeux là-dedans." Si le troisième homme est Jean-Luc Mélenchon (21,2%), les finalistes Emmanuel Macron (28,2%) et Marine Le Pen (23,4%) - chiffres provisoires - sont loin devant les candidats de gauche.

Peu après l'annonce des résultats, Fabien Roussel a ainsi appelé à "battre l'extrême droite, à la mettre en échec, en se servant du seul bulletin à notre disposition (celui pour Emmanuel Macron)", demandant toutefois au président-candidat de "dire qu'il a entendu le message" envoyé par les Français. Soulignant son inquiétude, le candidat communiste a déploré une "heure grave", avec une "extrême droite dotée d'une réserve de voix pour le second tour". Remerciant ses électeurs, il a voulu saluer une France "chaleureuse et digne", tout en regrettant une consigne du "vote utile" qui a "largement servi aux trois candidats arrivés en tête".

La faute au "vote utile"

Un peu en retrait, Pierre Laurent, sénateur de Paris et président du Conseil national du PCF, rejoint son analyse. "C'était une campagne difficile. On nous a dit de voter utile, mais c'est bien la preuve que ça ne veut plus rien dire", soupire-t-il. Très en avance dans les sondages, Jean-Luc Mélenchon, le candidat de l'Union populaire, avait largement appelé au vote utile en sa faveur ces dernières semaines. Au QG du PCF, on attribue ainsi la dynamique en baisse de Fabien Roussel aux multiples appels de Jean-Luc Mélenchon aux électeurs de gauche. "Beaucoup de gens m'ont dit, ces derniers jours, je préfère Fabien mais je vais voter Mélenchon pour voter utile. On voit où ça a mené", déplore Ian Brossat, le directeur de campagne, qui met en garde : "En 2002, le total des voix de gauche était de 40%. Aujourd'hui, on est dans une situation très différente, à 26%. L'extrême droite fait plus que toute la gauche réunie."

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L'amertume est d'autant plus présente que les communistes estiment avoir fait une "bonne campagne", marquée par la volonté de Fabien Roussel de reconquérir l'électorat populaire grâce à un discours de classe "avec du fond". Il entendait faire résonner une parole dissonante dans son camp, étrillant une gauche écologiste estimée déconnectée de la vie des classes populaires, trop urbaine, mais aussi en tenant un discours sécuritaire ferme. Il voulait être le symbole des "traditions" françaises, défendant la chasse et le steak-frites.

"Il a réveillé la campagne"

Mais le candidat n'a pas passé le seuil des 5%. Au-delà du fameux vote utile, la faute aux affaires ? L'image du candidat communiste a été abîmée par l'ouverture d'une enquête pour emploi fictif concernant son activité d'assistant parlementaire auprès du député communiste Jean-Jacques Candelier entre 2009 et 2014. Il est accusé d'avoir été rémunéré pour cet emploi estimé "pas trop net", d'après les mots de son employeur de l'époque, interrogé par Mediapart. Une information que le candidat du PCF conteste, et à laquelle les militants préfèrent ne pas penser. "Je pense qu'on a mené une belle campagne, pleine de bienveillance", assure Lancelot, la vingtaine. Autour de lui, les militants venus applaudir Fabien Roussel sont majoritairement jeunes. "C'est plein de promesses pour la suite", poursuit-il. Un sentiment partagé par Ian Brossat : "Fabien a transmis des idées importantes sur la République, la laïcité, l'indépendance énergétique et la sécurité alimentaire."

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Pour la première fois depuis l'élection présidentielle de 2007, le PCF a son propre candidat. Et il dépasse le score de la candidate d'alors, Marie-George Buffet, qui était arrivée à l'époque en 7e position et avait obtenu 1,93% des suffrages, le pire score de l'histoire du parti. Depuis, les communistes s'étaient éclipsés derrière Jean-Luc Mélenchon lors des deux derniers scrutins. "Heureusement qu'on a mené une belle campagne. Si l'on s'était effacé une nouvelle fois derrière Jean-Luc Mélenchon, le PCF était mort", analyse le sénateur communiste Pierre Ouzoulias. A ses côtés, un militant d'une quarantaine d'années intervient : "Dans mon voisinage, les affiches de Fabien sont les seules qui n'ont pas été abîmées. C'est la preuve qu'il est respecté." Anne (le prénom a été modifié), militante d'une soixante d'années, hoche vigoureusement la tête : "On existe à nouveau, enfin ! Il a réveillé la campagne. Espérons que cela continue."

Désormais, les élus communistes ont les yeux tournés vers le second tour mais, surtout, vers l'après. Les élections législatives, dont le premier tour aura lieu le 12 juin, attirent déjà les regards. En 2017, le PCF avait obtenu 2,7% des suffrages exprimés, le plus petit résultat de son histoire à ce scrutin. "Nous avons un enjeu majeur, a déclaré Fabien Roussel, serrant des mains au milieu des flashs de photographes. Battre l'extrême droite et faire gagner un maximum de candidats de gauche aux législatives." Au QG, les élus du parti appellent, comme leur candidat, à "lancer les discussions pour reconstruire la gauche". Pour les législatives, et pour l'avenir en général. "Fabien a plus de campagnes devant lui que Jean-Luc Mélenchon, non ?" glisse malicieusement Pierre Ouzoulias. A l'espace Niemeyer, on veut déjà oublier le résultat de ce soir. La preuve : à 22 heures, le QG historique du PCF est largement déserté. Jusqu'à la prochaine fois ?