La scène est cruelle. Elle se joue derrière le rideau du Pavillon de Buxerolles à Limoges, le mardi 22 mars, quelques minutes après qu'Anne Hidalgo a terminé son discours. Les militants du cru ont été invités à trinquer avec la candidate mais la très grande majorité n'a d'yeux que pour François Hollande. L'ancien président organise un "off" avec quelques journalistes qui se sont glissés dans l'arrière-salle. Anne Hidalgo regarde la scène de loin, fait quelques selfies puis grimpe aussitôt dans sa voiture. Retour à Paris. Était-ce un meeting de la candidate ou celui de François Hollande ?

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L'affaire est entendue : François Hollande veut revenir, l'envie est là. L'a-t-elle un jour quitté d'ailleurs ? Ses mots l'ont trahi à Limoges, une phrase d'apparence banale : "A nous d'être là, dès le 10 avril." Il sait l'élection réglée, pliée, perdue pour le PS. Il lui fallait se tenir à distance, ni trop près des sables mouvants dans lesquels se débattent Anne Hidalgo et Olivier Faure, ni trop loin pour ne pas être accusé de mauvaise camaraderie. Depuis plusieurs semaines, il tournait en rond. Il devait assister au meeting de Montpellier début mars mais a finalement décliné. C'était trop tôt pour parler de retour ou de reconstruction de la famille socialiste. François Hollande cherchait son moment, sa martingale. Ce sera Limoges, à 90km de Tulles, chez lui ou presque. "Limoges, c'est un subterfuge. Il a trouvé le moyen d'être là sans être là, de parler de l'après Hidalgo, de la reconstruction, tout en appelant à la soutenir", se marre un fin connaisseur du bonhomme.

"Ce n'est pas une envie personnelle, une jouissance"

Ce n'est pas tant la restauration du parti qui l'obsède, plutôt la survie et la poursuite "du grand mouvement qui s'appelle le socialisme", dit-il. "C'est le sens de ma vie", murmure l'ancien chef de l'Etat. "Ce n'est pas une envie personnelle, de jouissance ou je ne sais quoi. Ce n'est pas un amusement mais un engagement. Qu'est-ce que je peux apporter à cette reconstruction ?" Tout au long de la campagne présidentielle, François Hollande a consulté des amis politiques, des sondeurs et aussi des camarades socialistes qui n'ont pas toujours dit du bien de lui, il le sait. Il leur a parlé de retour et certains ont cru qu'il s'imaginait en plan B, au cas où Anne Hidalgo décidait d'abandonner. Il a esquissé l'idée c'est vrai, comme l'a raconté Le Monde, mais la mission impossible lui paraissait impossible. "Il reste un fin politique, il sait quand les choses peuvent se faire ou non, raconte un de ces visiteurs. Une telle candidature de dernière minute, ce n'était pas sérieux. Le jeu n'en valait pas la chandelle."

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Le retour de François Hollande ne peut démarrer qu'après l'élection présidentielle. Il envisage même de prendre la parole le soir du 10 avril pour sonner le tocsin socialiste quand d'autres sonnent son glas. La suite n'est pas encore calée et plusieurs scénarios s'étalent sur son bureau. La première histoire raconte un ancien président de la République qui repart sur les routes de sa circonscription en Corrèze, celle de Tulle-Ussel, pour en devenir le député en juin prochain. Valéry Giscard d'Estaing l'a fait en 1984, alors pourquoi pas lui ? "Giscard ne cherchait pas grand-chose en étant candidat", tempère Patrick Mennucci qui observe que François Hollande "regarde plus loin". Une candidature aux législatives est bel et bien envisagée mais l'intéressé évalue l'intérêt d'une telle campagne.

"On ne peut pas dire qu'il faut faire le PS comme avant"

Il est une autre version de l'histoire qui séduit tout autant Hollande, moins locale et moins solitaire : s'imposer comme le porteur du drapeau socialiste, tombé à terre le 10 avril. Comme un autre François, Mitterrand, l'a fait en 1971. Hollande a beaucoup appris de ses tours de France, ceux qu'il aime tant faire pour promouvoir ses livres et où l'on se presse aux séances dédicaces. La campagne des aspirants députés sera longue, six semaines entre la fin de l'élection présidentielle et le premier tour des législatives en juin. Autant de temps pour que Hollande s'engage dans un nouveau tour de France, plus politique, plus socialiste. Il partirait à la rencontre d'une multitude de candidats à la rose, dont certains pourraient même porter les couleurs d'un nouveau mouvement dont il serait le fondateur.

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"La politique a changé, on ne peut pas dire qu'il faut faire le PS comme avant, avec des sections, des fédérations, etc.", fait-il savoir avant de détailler sa démarche : "Il faut retrouver un espoir dans une nouvelle organisation, qu'on peut appeler mouvement ou force. Il faut offrir une labellisation qui permette à tous de s'y retrouver." Un nouveau Parti socialiste, en somme. "Il aimerait bien quelque chose avec le mot progressiste", chuchote un ami. Cette nouvelle formation pourrait voir le jour au lendemain de la lourde défaite d'avril et devrait rapidement se mettre en branle. "Le premier acte, c'est la préparation des législatives", confirme François Hollande. Avec les écologistes ? "Non." Avec les communistes alors ? "S'il y a des accords, il faudra les respecter. Il faut s'élargir, au-delà du PS." Il sourit : il en a déjà trop dit.

Les éléphants d'hier...

Ce retour fracassant, alors que l'élection présidentielle n'a pas rendu son verdict sinon pour la gauche, fait se crisper les mâchoires de la direction du PS. Sur RTL, le premier secrétaire Olivier Faure a répondu tout en sympathie à l'annonce du retour de François Hollande et à ses envies de reconstruire la machine socialiste : "On ne va pas recommencer le PS avec les éléphants d'hier, on doit au contraire sauter le pas." Hollande est seul, pour l'instant, aime-t-on rappeler à la direction du parti. "Quand bien même ce serait le cas, qui peut prétendre avoir sa notoriété et son capital politique ?", rétorque un proche de l'ancien président.

Il n'est en tout cas pas le seul à vouloir redresser le PS. Carole Delga, la présidente de l'Occitanie, s'y prépare soigneusement et se met à rêver "d'un nouvel Epinay", du nom du célèbre congrès de 1971 qui a rassemblé toute la famille socialiste. "Faites comme Mitterrand à Epinay !", c'est ce que lui a conseillé Jacques Attali, l'ancien conseiller du Sphinx qui l'a rencontrée en janvier dernier.

... Et de demain

Bernard Cazeneuve compte-t-il également jouer sa partition ? "C'est toujours la même chanson avec lui : il ne fera rien tant qu'on ne vient pas le supplier de revenir", moque un socialiste qui se désespère de voir de trop nombreuses velléités pour préparer "l'après". Jean-Christophe Cambadélis, le sénateur Rachid Temal, le député Boris Vallaud, Olivier Faure à l'évidence, Stéphane Le Foll et ses états généraux socialistes... Qui n'a pas son idée pour reconstruire le PS ?

François Hollande les voit tous, il a appelé certains ou les a même conviés rue de Rivoli pour les sonder innocemment. Il devra composer avec les envies de chacun. Il confie, conscient que la multiplicité des voix risque de désunir encore un peu plus ce qu'il reste de la famille socialiste : "Je vais prendre toute ma part dans la reconstruction mais pas toute la part. Tout seul, ça n'a aucun sens."