Que serait une campagne présidentielle sans ses coups d'éclat, ses coups bas, ses coups tordus, ses coups fourrés... ? Parce que, comme dirait Edouard Philippe, "il faut faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux", le service politique de L'Express propose de vous immerger dans les coulisses de cette année présidentielle grâce à un rendez-vous hebdomadaire tous les jeudis sur notre site Internet.

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Sarkozy en guerre contre les wokes

Invité du prestigieux Chinese Business Club lundi 8 novembre, Nicolas Sarkozy a discouru sur le leadership, répondu de façon parfois surprenante aux questions des journalistes - "Je ne sais pas du tout si je suis gaulliste", a-t-il ainsi rétorqué à nos confrères de BFMTV - et s'est lancé dans un réquisitoire contre la pensée woke et contre l'époque, coupable de vouloir "revoir l'histoire".

"Aujourd'hui, il faut détruire. Il faut salir, a amorcé l'ancien président. Il faut dénoncer. [...] Aujourd'hui, on déteste tout. Il faut revoir notre histoire." Le déboulonnage des statues, l'histoire contemporaine qui chasserait l'histoire ancienne ? Très peu pour lui. "Je n'y croyais pas lorsque j'ai vu ça l'autre jour, dans une ville de Normandie, on envisage de déboulonner la statue de Napoléon pour la remplacer par la statue de Madame Halimi, s'est-il insurgé. J'ai connu Madame Halimi. C'est quelqu'un de tout à fait respectable, mais quel est le rapport ?"

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A ses yeux, notre histoire et ses personnages doivent être regardés en face, avec leurs failles, leurs fêlures, leurs erreurs. Tout comme l'oeuvre d'un artiste mérite d'être contemplée en dépit des fautes commises par ce dernier. "Gauguin a mis enceinte une jeune fille de 14 ans. Puisqu'il n'avait aucun succès en Métropole, il est parti à Papeete, il pensait qu'il aurait du succès, il n'a eu aucun succès. Il est donc parti dans les Îles. Dans les Îles, une tribu, à l'époque, lui a fait cadeau d'une jeune fille, qu'il a mise enceinte. C'est très mal, mais ce n'est pas une raison pour décrocher tous les tableaux de Gauguin et pour empêcher les gens de les voir parce que la meilleure période picturale de Gauguin est la période où il était en Polynésie !"

Pour l'ancien chef de l'Etat, cancel culture et wokisme font des ravages. "On mélange tout et selon la pensée de ce que les Américains appellent les wokes : on est blanc, on est coupable ; on est homme, on est coupable ; on est français, on est coupable, et donc, il faudrait s'excuser de tout, n'admirer rien et commencer par porter pénitence. Comment voulez-vous qu'avec ça, avec ce raisonnement-là, on construise le monde de demain autrement que par la haine, la médiocrité, la banalité ? C'est horrible. Ce n'est pas du tout ça." Une chose est sûre : les notions de "privilège blanc" ou d' "appropriation culturelle" ne passeront pas par Nicolas Sarkozy.

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Montebourg bientôt communiste ?

Le rapprochement entre le communiste Fabien Roussel et le souverainiste Arnaud Montebourg n'est pas (totalement) enterré. Et comme bien souvent à gauche - et plus largement en politique -, c'est la question des égos qui fait tout coincer. Roussel craint de perdre son "identité communiste" en se rangeant derrière un Montebourg qui n'a aucune intention adhérer au PCF. Lors d'un récent tête-à-tête, l'ancien ministre a voulu le rassurer : "Si je te soutiens, je deviens communiste mais si toi tu me soutiens, tu restes communiste." A quoi ça tient la politique sinon à quelques étiquettes...

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"La lenteur" de Clément Beaune

Chouchou de beaucoup au gouvernement, le secrétaire d'État aux Affaires européennes pêche-t-il par suffisance ? Voilà des semaines et des semaines que ça tangue fort entre la France et le Royaume Uni sur la question des licences de pêche au point que certains Bretons de la macronie se sont agacés de "la lenteur de Clément" sur ce dossier. Certes, ce dernier s'activait médiatiquement pour mettre la pression sur Londres mais "il n'a rien fait de plus". "Dans un dossier comme celui-ci, il faut cogner mais pas que. Il faut aussi inviter, discuter autour de la table", s'agace un poid lourd macroniste qui aurait aimé que Beaune rencontre David Frost (son homologue chargé du Brexit, outre-Manche) "bien plus tôt". Invité de "Dimanche en politique" le 7 novembre, Richard Ferrand a fait peu ou prou le même reproche à l'intéressé : "La commission européenne a tardé à se saisir de l'enjeu et les échanges inter-gouvernementaux ont de mon point de vue démarré un peu plus tard." Traduction en français/breton : trop tard.

La carrière manquée de Castex à la SNCF

A quoi tient un destin ? Dans la première partie du quinquennat, l'Elysée a songé un temps à envoyer Jean Castex... à la SNCF. Ce qui aurait sans doute comblé de bonheur cet amoureux du rail, mais l'aurait privé de la nomination surprise à laquelle il eut droit le 3 juillet 2020 : devenir le 24e Premier ministre de la Ve République (Jacques Chirac l'ayant été à deux reprises).

Lagarde à Matignon ?

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Si Nicolas Sarkozy continue de penser que Gérald Darmanin pourrait un jour aller à Matignon, l'ancien président songe aussi à une femme qui selon lui aurait toutes les qualités pour être Premier ministre. Devant un élu, il a ainsi vanté la trajectoire de Christine Lagarde, aujourd'hui présidente de la Banque centrale européenne, et dont Nicolas Sarkozy avait fait la première femme ministre de l'Economie d'un pays du G8 en la nommant dans la foulée des élections législatives de 2007. Il aurait même cité son nom devant un certain Emmanuel Macron...

Point final pour les points de retraite ?

Ô surprise, lors de son allocution ce mardi soir, Emmanuel Macron a officiellement repoussé la mise en oeuvre de "la mère des réformes", celle des retraites, à son second quinquennat. Mais il en a néanmoins dessiné les contours : "Travailler plus longtemps en repoussant l'âge légal. Aller vers un système plus juste en supprimant les régimes spéciaux, en harmonisant les règles entre public et privé et en faisant en sorte qu'au terme d'une carrière complète, aucune pension ne puisse être inférieure à 1 000 euros." Bien, mais ne manque-t-il pas quelque chose ? Où est donc passé le système par "points", axe central de la révolution proposée par le candidat en 2017 ? Alors que dans une interview à Challenges, le ministre de l'Économie Bruno Le Maire considère qu'il ne serait pas nécessaire d'abandonner "cette ambition", un dirigeant macroniste proche du chef de l'État grimace : "Aujourd'hui, oui, on est sorti de cette version initiale de la réforme." Jusqu'au prochain changement de pied.