L'unité, à tout prix. Au lendemain du crash de Valérie Pécresse, le parti Les Républicains (LR) a arrêté ce lundi 11 avril sa position en vue du second tour de l'élection présidentielle : elle signe une inflexion par rapport à l'entre-deux-tours de 2017. L'appel à "voter contre Le Pen" n'a pas survécu au quinquennat d'Emmanuel Macron. "Aucune voix ne peut se porter sur Marine Le Pen. Son projet politique et économique nous conduirait au chaos" : telle est la formule adoptée à une large majorité par un bureau politique du parti ce lundi. L'expression ouvre ainsi la porte à un vote blanc ou à l'abstention le 24 avril prochain.

Cette palette de choix est très diplomatique : la droite républicaine ne veut pas rompre avec son opposition historique au Rassemblement national (RN), mais craint qu'un nouveau soutien explicite à Emmanuel Macron ne précipite son arrêt de mort après la catastrophe industrielle de dimanche. "Les Républicains ne sont ni fongibles dans le macronisme ni dans le lepénisme", a affirmé Christian Jacob lors d'une conférence de presse.

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Ce lundi matin, le siège des Républicains est redevenu l'habituel théâtre de crises qu'il est depuis 2012. Un conseil stratégique est convoqué à 10 heures pour évoquer la stratégie du second tour. Les prises de parole se succèdent, un consensus émerge progressivement autour d'un simple refus de voter Le Pen. "On ne doit pas jouer les supplétifs de l'un des deux finalistes", lance Laurent Wauquiez, vantant une "position commune" de rassemblement. Devant les siens, le médecin et maire d'Antibes-Juan-les-Pins (Alpes-Maritimes), Jean Leonetti file la métaphore. "Il faut d'abord nous rassembler. Quand un patient a une hémorragie, on met un garrot, puis on le transfuse et enfin, on se demande pourquoi il a saigné."

Plus petit dénominateur commun

L'appel renouvelé de Jean-François Copé à bâtir un "pacte gouvernemental" avec Emmanuel Macron rencontre moins d'écho. A midi, un bureau politique est organisé pour acter ce choix. Sur le papier, la case unité est cochée. La motion Jacob est adoptée avec 87% des suffrages. Treize élus se sont abstenus et Guillaume Larrivé, partisan d'une coalition avec La République en marche (LREM), a voté contre.

Le profil des abstentionnistes est double. Certains, comme Alexandre Vincendet ou Gil Avérous, regrettent l'absence d'appel à voter en faveur d'Emmanuel Macron. A l'inverse, Eric Ciotti et Gilles Platret souhaitent que la droite tienne davantage à distance le chef de l'Etat. "Ce sont les deux bouts de l'omelette, mais cela fait peu de monde", confie un cadre LR.

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Cette oeuvre de synthèse est d'abord à destinée interne. "Avec 4,5% des voix, tout le monde se fout de ce que l'on va dire", souffle un membre du bureau politique. La droite est en sursis, elle s'est attachée ce lundi à sauver les apparences. Un refus de choisir entre Macron et Le Pen aurait hystérisé l'aile modérée de LR. Un ralliement formel à Emmanuel Macron aurait fait bouillir son aile conservatrice. La droite, en voie de rétrécissement continue depuis 2012, s'est donc retrouvée autour de son plus petit dénominateur commun. "On ne s'est pas déchiré entre ceux qui voteront Macron et ceux qui iront à la pêche", confie, soulagé, un hiérarque LR.

Cette décision est aussi une manière de préparer les élections législatives, bouée de sauvetage ou dernier clou sur le cercueil de LR. Dans sa motion, le parti évoque ainsi sa mobilisation afin d'y proposer, "aux Français, un projet de droite indépendante". Chaque circonscription est spécifique, un choix tranché aurait pu mettre en difficulté de nombreux députés.

"Le parti ne tient plus rien"

A cour terme, la droite s'offre un sursis avec son positionnement. "C'était habile de la part de Jacob, sourit un ancien ministre. Nous avons gardé notre cohésion et évité la division." Mais ce consensus apparent ne doit pas faire illusion. Sous couvert d'anonymat, plusieurs cadres LR regrettent l'absence de clarté de la famille gaulliste. "C'est la mort des principes de LR", fulmine un cadre. "C'est de la daube, ajoute un député LR. Il faut arrêter de déconner avec des sondages à 51/49. Et dire clairement ce qu'on est capable de faire sans pour autant se vendre."

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Ce choix laisse surtout en suspens toutes les questions existentielles de la droite. "Aucune voix pour Le Pen" : chaque élu peut lire cette formule à sa manière. Mais des sensibilités diverses cohabitent parmi ceux qui ont voté ce texte. Certains sont satisfaits de la distance affichée avec le macronisme. D'autres n'excluent pas de céder aux sirènes de la majorité présidentielle, tant les convergences programmatiques sont fortes avec le chef de l'Etat. Difficile d'accorder une immense valeur à un texte qui réunit Bruno Retailleau, qui votera blanc au second tour, et Jean-Francois Copé, apôtre d'un "pacte gouvernementale".

Les élections législatives et la composition des groupes à l'Assemblée dessineront les contours de cette recomposition. L'indépendance affichée de Christian Jacob ne doit pas induire en erreur. "Le parti ne tient plus rien, lâche un député LR. Ce sera aux survivants des législatives d'inventer la ligne de la droite d'après." Un pilier LR abonde : "La question est simple : on reconstruit une droite libérale et ferme sur le régalien ou on s'inscrit dans une fédération de la majorité présidentielle." Cette interrogation est cruciale. Mais sa réponse attendra.