C'est devenu si rare, des salles remplies de militants socialistes. Ce dimanche 3 avril, les 1800 sièges du Cirque d'Hiver sont occupés. On s'installe même dans les escaliers pour écouter Anne Hidalgo tenir le dernier meeting d'une pénible campagne. Elle est chez elle, à Paris, et les socialistes de la capitale et des fédérations d'Ile-de-France ont joué le jeu. Comme un cri du coeur, un dernier pour la route, les jeunes socialistes agitent les drapeaux à la rose, le tricolore français et le bleu aux étoiles de l'Europe. Ils chantent "socialistes, tous ensemble, tous ensemble !". L'ambiance est là, à sept jours du premier tour de l'élection présidentielle où la candidate socialiste est donnée à 2 ou 3 % d'intentions de vote. Perdu pour perdu, on y va de gaîté de coeur : "Hidalgo présidente ! Hidalgo présidente !"
Ces dernières semaines, les médisants - et il y en a tant chez les socialistes en cette fin de campagne - présentaient ce rendez-vous comme une "préparation d'obsèques", pire "l'oraison funèbre de sa propre candidature". Anne Hidalgo ne l'ignore pas. "Ne vous en faites pas. Comme vous et moi, elle entend ces commentaires pleins de venin", commente son entourage devant les portes rouges du monument qu'on appelait jadis le "cirque Napoléon" et qu'on n'oserait appeler, en ce dimanche, "le cirque socialiste".
"Rien ne m'a été donné facilement"
Il est 16h45 et Anne Hidalgo vient de terminer un long discours, de plus d'une heure. La longue ovation qui s'ensuit ressemble à un long merci, un acte de gratitude envers la candidate. Personne ne veut lui tenir rigueur de la future défaite historique qui sera la sienne, dans sept jours. Dans les mots d'Anne Hidalgo, dans ses mercis et ses bravos résonne le fatalisme mais jamais le défaitisme. "Je ne me paie pas de mots. Je sais que les temps sont durs pour la gauche. Les difficultés du moment, je suis la première à les éprouver, reconnaît-elle. Mais j'ai l'habitude car jamais rien ne m'a été donné facilement."
Car si Anne Hidalgo sait que les jeux sont faits, ou presque, elle refuse que ne soit donnée l'extrême-onction aux socialistes. Elle veut que la famille socialiste tienne, elle remercie longuement Martine Aubry, "une inspiration, ma grande soeur", et Bernard Cazeneuve, dont le public scande les noms. Elle liste leurs combats : les 35 heures, la couverture maladie universelle (CMU) pour la maire de Lille à l'époque du gouvernement Jospin, la lutte contre le terrorisme pour l'ancien ministre de l'Intérieur. Elle en appelle à Léon Blum, François Mitterrand, Jacques Delors, Lionel Jospin et François Hollande pour démontrer que les socialistes "ont toujours oeuvré pour l'Europe". Et d'assurer : "Je revendique cet héritage !"
"Macron est de droite, c'est une réalité simple et évidente"
Elle remercie les élus socialistes qui l'ont soutenue, son équipe des maires mais aussi Olivier Faure, à qui elle n'adresse pourtant plus la parole depuis décembre sinon à l'occasion de quelques réunions de campagne. Au troisième rang, l'ancien premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis a fait la route. On ne l'avait pas vu tout au long de la campagne. "Ils font le job", justifie un sherpa du PS qui sait qu'à une semaine de la fin de la campagne Hidalgo qui sonnera le début de la reconstruction, "les comportements des uns et des autres seront scrutés". On ne saurait reconstruire la maison socialiste avec de mauvais camarades.
Pour ce baroud d'honneur, elle veut aussi s'adresser aux électeurs socialistes tentés de voter Emmanuel Macron, comme beaucoup l'ont fait en 2017. Elle dit ne pas leur en vouloir. "Vous nous avez quittés mais vous êtes de la famille", promet-elle avant de leur tendre les bras : "Cette fois-ci vous vous dites : pourquoi revenir vers une gauche qui, de toute manière, passerait son tour ? Alors je vous le dis avec mon coeur et ma raison : parce que Macron est de droite ! C'est une réalité simple et évidente !" Elle renchérit : "Macron est de droite. Et son projet, qui oserait le qualifier de social ? Votez selon votre coeur et vos convictions."
"Jamais je n'hésiterai face à l'extrême droite"
Il y a ceux, nombreux aussi à gauche, tentés de voter "utile" pour Jean-Luc Mélenchon, comme ce dernier, aux portes du second tour, ne cesse de le dire. "Mélenchon, c'est l'impasse", martèle la socialiste. Elle le renvoie à ses prises de position géopolitiques - "dans l'immédiat, vous voterez pour un candidat qui refuse d'aider les Ukrainiens" - et politiques d'il y a cinq ans, lors de l'entre-deux tours : "jamais je n'hésiterai face à l'extrême droite."
Anne Hidalgo a choisi d'organiser son ultime rassemblement à Paris plutôt qu'à Toulouse, comme le veut pourtant la tradition mitterrandienne. C'est là-bas que le Sphinx concluait ses campagnes victorieuses. François Hollande n'avait pas fait différemment. Mais ce même dimanche 3 avril, c'est Jean-Luc Mélenchon qui a posé le drapeau dans la ville de rose, place du Capitole, où il a réuni près de 25 000 personnes. C'est treize fois plus de personnes qu'au Cirque d'Hiver. Signe des temps, à gauche. Sous les applaudissements de la salle de spectacle, Anne Hidalgo remercie les siens, encore et encore. Elle jette des roses dans le public, advienne que pourra.
