Vite, vite, convoquer la direction de l'entreprise. Vite, vite, annoncer contrôles et inspections. Surtout, ne pas donner l'impression de minimiser les révélations du livre Les Fossoyeurs (Fayard) de Victor Castanet sur les Ehpad gérés par Orpea. Voilà pour la réponse immédiate de l'Etat à l'émotion des familles et de l'opinion publique. Mais, au-delà des fautes éventuelles du groupe privé, que les multiples enquêtes diligentées devront établir, les politiques ont aussi leur part dans le sombre tableau décrit par le journaliste. Combien de fois, depuis vingt ans, nos présidents de la République ont-ils clamé que la dépendance, le "grand âge", le vieillissement étaient la priorité de leur mandat commençant pour mieux l'abandonner ensuite au profit d'autres dossiers plus urgents, plus vendeurs ?
Quelle que soit leur étiquette, tous ont déroulé un scénario fait d'annonces tonitruantes, de rapports alarmistes, de portefeuilles ministériels dédiés pour le symbole, de consultations citoyennes pour la démocratie et d'enterrements discrets de leurs projets à l'approche des élections. Il y eut, bien sûr, la journée de solidarité créée sous Jacques Chirac pour rassurer après les milliers de morts de la canicule de 2003 et équiper de salles climatisées ce que l'on appelait encore les "maisons de retraite". Mais depuis, ni Nicolas Sarkozy, ni François Hollande, ni Emmanuel Macron n'ont pris le sujet à bras-le-corps. Aucun des trois n'a lancé la réforme de fond que nécessite pourtant la pyramide des âges, ni réfléchi à la répartition des rôles entre structures publiques et acteurs privés que met aujourd'hui en lumière l'affaire Orpea. Tout juste le socialiste fera-t-il voter une timide loi sur "l'adaptation de la société au vieillissement", les autres abandonnant leurs ambitions aux portes du Parlement. L'élu(e) de 2022 devra avoir le courage, non plus de dire, mais de convaincre l'opinion publique de consacrer 10 milliards d'euros supplémentaires par an à la dépendance. Alors que la population vieillit inexorablement, chacun y a intérêt. Pour ses proches, pour soi-même.
