Il ne manquait plus que cela à la droite, déjà confrontée à une rentrée marquée du sceau de la division. L'ancien ministre de Nicolas Sarkozy Christian Estrosi, maire de la cinquième ville de France (Nice), lâche une petite bombe dans Le Figaro : "Passons un accord avec Emmanuel Macron pour qu'il soit notre candidat à la présidentielle." Les cris d'orfraie immédiatement poussés par les élus de LR, pour qui pareille alliance équivaudrait à un suicide politique, ne peuvent pas faire oublier que l'avis d'Estrosi est partagé, en privé, par d'autres responsables du parti. "Nous sommes une alternative plus qu'une alternance, nous dépendons du sort d'Emmanuel Macron. Je crois à une coalition post-présentielle", confiait en juillet un ténor de LR.

Qui dit coalition suppose changement de mode de scrutin aux législatives. Le système actuel (majoritaire à deux tours) n'encourage pas des partis à conclure un accord de gouvernement entre eux. L'Express a déjà indiqué qu'Emmanuel Macron réfléchissait à introduire la proportionnelle intégrale, un peu sur le modèle de 1986. Le candidat Macron proposait, pendant sa campagne de 2017, une dose de proportionnelle, ce que continue de réclamer son partenaire du Modem : pour François Bayrou, la coalition gouvernementale a toujours été un objectif en même temps qu'un modèle.

Castex ne veut pas de la proportionnelle aux législatives

Le président a déjà évoqué la question de la proportionnelle avec son nouveau ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin. Mais d'après nos informations, le Premier ministre Jean Castex n'est absolument pas favorable à une réforme du mode de scrutin pour les prochaines législatives - c'est le premier exemple de dissensus au sommet de l'Etat. Il va donc falloir d'abord que le président et le chef du gouvernement se mettent d'accord sur ce sujet sensible, alors que le temps pour un projet de loi est compté : la prochaine session parlementaire a un ordre du jour déjà chargé et on entre bientôt dans l'année qui précède les législatives de 2022. Certains évoquent désormais plutôt les législatives de 2027 comme échéance pour une réforme du mode de scrutin.

Le temps, Les Républicains ont envie de l'utiliser... pour repousser le sujet qui fâche, à savoir le mode de sélection de leur candidat à l'élection présidentielle. Christian Jacob a un objectif : ne rien faire avant les régionales de mars 2021, qui seraient un premier juge de paix entre les différents prétendants. Il devrait donc proposer dans les prochains jours que le comité stratégique de LR entame une réflexion, histoire de montrer que le parti ne reste pas immobile. Le président du Sénat, Gérard Larcher, bosse de son côté et s'est même plongé dans les travaux qu'avait réalisés en 1993 le ministre de l'Intérieur de l'époque, Charles Pasqua.

L'initiative de Brice Hortefeux pour la primaire

L'un des successeurs de ce dernier place Beauvau, Brice Hortefeux, s'apprête également à mettre la main à la pâte. L'eurodéputé a déjà évoqué pendant l'été le système qu'il a en tête avec trois candidats éventuels, Valérie Pécresse, Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez. Brice Hortefeux veut un système qui ne soit ni "un verrouillage à l'ancienne" (une désignation par les instances de LR), ni "un hold-up version 2016". "Nous avions eu 14% d'électeurs de gauche qui s'étaient déplacés juste pour barrer la route à Nicolas Sarkozy", explique-t-il pour justifier son choix d'une primaire ni totalement ouverte, ni totalement fermée.

Hortefeux n'a présenté ce système ni à Xavier Bertrand - le président de LR, Christian Jacob, doit rencontrer prochainement le président de la région Hauts-de-France - ni à François Baroin. Ces deux hommes sont des adversaires déterminés à toute primaire, l'un étant à l'extérieur de LR, l'autre à l'intérieur. Mais les propos de Christian Estrosi viennent rappeler ce qui pourrait s'imposer sur l'échiquier politique dans les prochains mois: le clivage ne passera pas entre les différents partis traditionnels. Edouard Philippe avait pris l'habitude de le dire quand il était à Matignon: "La poutre travaille." Lui parti, elle continue de travailler.

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