C'était un matin de janvier, quand la chute d'Anne Hidalgo apparaissait toujours plus vertigineuse, quand elle franchissait à contresens la barre des 5 % d'intentions de vote dans les sondages. Dans le bureau baigné de soleil de François Hollande, elle lui proposait d'être l'invité d'honneur d'un de ses meetings. C'était dit comme ça, à la volée, en quittant la pièce. Il avait répondu d'un "oui" un peu mou qui voulait dire "on verra". Elle, elle l'avait traduit quelques jours plus tard en annonçant devant la presse la participation de l'ancien président à une prochaine réunion publique. Ce qui l'avait agacé, lui. Et pendant deux mois, il n'a rien fait. Il a hésité, dit aujourd'hui son entourage. Il s'est demandé si c'était vraiment sa place, si un meeting était si pertinent.

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François Hollande s'est toujours tenu à distance de la campagne d'Anne Hidalgo. Il n'a jamais vraiment cru à sa candidature. Il lui avait distillé quelques conseils mais jamais elle ne les a écoutés. Elle s'y prenait mal, disait-il à ses visiteurs. Tantôt écologiste, tantôt socialiste... Il n'y comprenait plus rien. Quand bruisse le 8 décembre une "annonce surprise" d'Anne Hidalgo le soir même au JT de TF1, il est avec Martine Aubry. "Tu crois qu'elle va abandonner ?" Et puis, cette histoire de primaire entre les candidats de gauche. Comme beaucoup d'autres, il se dit qu'elle prépare sa sortie, qu'elle lâche l'affaire. François Mitterrand lui confiait un jour qu'il y aurait toujours un socialiste pour récupérer le drapeau socialiste tombé par terre. Et si c'était lui ? Et si c'était maintenant ? Il envisage un éventuel retour, consulte à tout va. Julien Dray lui écrit le scénario : une campagne comme une Blitzkrieg. Il se tient prêt, "au cas où". Il n'en fut rien, sans doute parce que "l'ex" pense à d'autres futurs, pas si lointains. Aussi parce que les parrainages des élus PS ont été promptement cadenassés par la candidate.

"Qu'aurait-on dit si je m'étais caché ?"

Autant dire qu'à Limoges ce 22 mars, l'attraction socialiste ne s'appelle pas Anne Hidalgo mais François Hollande. S'il a accepté tout compte fait de venir, c'est avant tout pour "montrer qu'il est fidèle à sa famille politique malgré les difficultés et les mauvais sondages", murmure son entourage. Qui pourrait l'accuser de désertion ? À Limoges, à 90 kilomètres de Tulle, il joue un peu pour Hidalgo mais surtout à domicile, pour lui-même. D'aucuns diraient qu'il est venu montrer "comment faire campagne" à la maire de Paris dont les meetings font pâle figure comme à Aubervilliers en janvier ou à Rennes il y a une semaine, cette terre socialiste vieille de plus de quarante ans où moins de 800 personnes avaient fait le chemin.

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Ils ne sont guère plus nombreux ce mardi soir, à Limoges. 700 personnes, quelques sièges rajoutés et une petite dizaine de sympathisants restés debout. "Il aurait pu venir plus tôt mais l'important c'est qu'il soit présent ce soir car il va y avoir du pain sur la planche", observe Daniel Boschage, électeur socialiste depuis si longtemps, "bien avant 1981 !" sourit-il. "Qu'aurait-on dit si je m'étais tu, si je m'étais caché ? Je laisse ça à d'autres, ou plutôt un autre qui n'a jamais été un exemple", justifie François Hollande dans une référence à peine voilée à Nicolas Sarkozy qui n'a toujours pas soutenu la candidate de sa famille politique, Valérie Pécresse.

Candidat aux législatives ?

La sauvegarde de la famille socialiste, voilà la mission de Hollande. "L'histoire n'est pas une nostalgie, c'est une source pour construire et un appel à poursuivre le grand mouvement qui s'appelle le socialisme et qui n'en a pas fini avec son chemin. C'est le sens de ma présence ici", explique l'ancien chef d'État à la tribune. Il n'est pas venu seulement passer une tête ni se rappeler au bon souvenir de ce qu'il reste de forces socialistes sur le terrain. "Il est venu dire 'Attendez-moi encore quelques semaines, j'arrive !'", se convainc un baron socialiste.

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Dans le petit Pavillon de Buxerolles ce mardi, les rumeurs d'une candidature aux législatives dans son fief corrézien bruissent encore un peu plus. Un ancien président député ? On n'avait pas vu ça depuis Valéry Giscard d'Estaing en 1984 non loin de là, dans le Puy-de-Dôme. "François a un avantage sur tout le monde : il peut accepter de manger son chapeau, de retourner à l'Assemblée nationale avec son cartable. Il ne s'est jamais pris pour la reine d'Angleterre alors qu'il a connu toutes les prérogatives d'un président de la République, avec la guerre au Mali et face aux attentats", explique un vieux routier socialiste du sud.

"C'est déjà demain qu'il faut regarder"

Reconstruction. Le mot est dans tous les esprits, à Limoges comme ailleurs, mais surtout et avant tout dans celui de François Hollande. Il sait que le PS, tel qu'il l'a connu et dirigé, ne sera plus. En 2017, les 6 % de Benoît Hamon étaient vus comme apocalyptiques. Ils sont aujourd'hui un horizon désiré. Hollande s'en contentera. "Une initiative devra être prise pour reconstruire la gauche de responsabilité. C'est ce mouvement qu'il faut rebâtir. Il s'est fracturé, il s'est désincarné", clame-t-il avant de s'engager, d'acter son retour : "À nous d'être là, dès le 10 avril. C'est déjà demain qu'il faut regarder. J'y prendrai toute ma part. Je ne céderai rien de ce que j'ai moi-même porté. Je vous le promets : nous serons encore là et toujours là." Une promesse. Mieux, un serment. Le serment de Limoges.

Mais quel rôle jouera-t-il vraiment ? "Il hésite", racontent les amis qui viennent le voir rue de Rivoli ou à Tulle. Les uns l'imaginent en vieux sage, ce que François Mitterrand ne put faire en son temps. Eux ne croient pas en une candidature aux législatives. Les autres, souvent ses proches, le voient revenir pleinement dans le jeu. Le 10 avril sera une date clef, pour Hidalgo comme pour Hollande : la fin d'une tragique aventure pour elle. Et pour lui, un (re)commencement.