Elle est assise au milieu des autres, et pourtant on ne voit qu'elle. Derrière la frange qui lui tombe sur les yeux, elle se dérobe un peu, accrochée à son paquet de Gitanes filtres. Elle esquisse un sourire que le regard semble démentir, et sur son visage on lit la brutalité de la vie. Il faut regarder la légende pour comprendre que cette quinquagénaire, le dos un peu vouté dans son grand blouson en jean, c'est Laurence Chirac, la fille aînée de Jacques et Bernadette Chirac - "la blessure secrète" de l'ancien président, comme l'appellent pudiquement les magazines depuis plus de trente ans.

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Les dernières photos d'elle publiées dans la presse remontent aux années 80, prises dans les jardins de l'Hôtel de Ville de Paris: une jeune fille brune et souriante, qui a réussi des études de médecine malgré l'anorexie mentale qui l'a terrassée à la suite d'une forme virulente de méningite. Et puis une tentative de suicide, en 1990, et la disparition médiatique: "Laurence", c'est celle dont on tait le nom, celle dont on devine à quel point il a fallu la protéger, toutes ces années, le talon d'Achille d'un guerrier de la politique. "Laurence", c'est une revenante, le coeur brisé des Chirac, la part la plus douloureuse de leur existence. Sur le deuxième cliché du reportage de Paris Match, raide dans ses grosses baskets bicolores à zip, elle sourit au photographe, le regard toujours perdu sous les boucles.

La couverture du numéro de Paris Match, dans lequel figure la photo du clan Chirac au grand complet.

La couverture du numéro de Paris Match, dans lequel figure la photo du clan Chirac au grand complet.

© / Paris Match

Laurence Chirac. Elle n'était pas la fille cachée, simplement l'aînée disparue. Même certains proches de l'ex-chef de l'Etat, comme son biographe l'éditeur Jean-Luc Barré, ne l'avaient jamais vue. Il ne cache pas son étonnement: "Une manière de tout montrer? Alors que s'approche la fin de sa vie, la volonté de Jacques Chirac que son "clan" soit à ses côtés pour son anniversaire? Peut-être. En 1994, quelques mois avant sa mort, les Français découvraient Mazarine Pingeot, l'enfant secrète de François Mitterrand. Avec cette photo, ils peuvent enfin, en même temps que le Président, poser la dernière pièce du puzzle Chirac.