C'est le principe du "donnant-donnant" que la Hongrie tente d'imposer à l'Union européenne. Ce vendredi 18 novembre, Viktor Orban a annoncé que son pays n'allait pas accepter la proposition de la Commission européenne d'accorder à l'Ukraine une aide de 18 milliards d'euros pour 2023. Moins pour aider la Russie dans la guerre que pour s'aider elle-même. L'Union européenne n'est pas dupe et sait très bien que cette attitude relève d'un "pur chantage politique", comme l'a dénoncé le commissaire européen au Budget, Johannes Hahn.

En effet, Budapest entend d'abord s'assurer d'échapper au gel de 7,5 milliards d'euros de fonds européens, menace que Bruxelles fait planer sur la Hongrie, avant de donner son aval à une aide financière massive pour l'Ukraine.

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En raison de problèmes de corruption et d'attributions douteuses de marché, la Hongrie est visée par le "mécanisme de conditionnalité", qui lie l'attribution de fonds européens au respect des principes fondamentaux à tout Etat de droit. Or, la Hongrie n'en est pas un et malgré "des progrès", le Parlement européen a estimé, ce jeudi, que les 17 mesures annoncées par Budapest n'étaient pas encore suffisantes. La Hongrie a donc opté pour le chantage. Dans une forme de jeu diplomatique, la ministre hongroise de la Justice, Judit Varga, s'est dite "optimiste" sur la possibilité de trouver "un compromis" avec Bruxelles. Elle a précisé qu'elle enverrait une lettre à la Commission d'ici samedi pour détailler le respect des réformes auxquelles son pays s'est engagé.

Orban, le double jeu permanent

Parallèlement, la Hongrie négocie avec Bruxelles la validation de son plan de relance de 5,8 milliards d'euros, également bloqué pour des manquements à l'Etat de droit. Sur ce dossier, l'Union européenne semble néanmoins davantage encline à accorder son feu vert. Ce n'est pas la première fois que la Hongrie fait pression sur l'Union européenne, puisqu'elle bloque aussi l'adoption de l'impôt minimum de 15% sur les bénéfices des multinationales.

Depuis le début de la guerre en Ukraine, Viktor Orban s'assure de ne se mettre à dos personne : ni l'Union européenne, dont il dépend financièrement, ni la Russie, avec qui il aimerait renforcer la coopération énergétique. S'il a approuvé les sanctions prononcées contre Moscou, c'est toujours après avoir négocié des exceptions. Pour que le Kremlin ne mette pas tous les pays européens dans le même panier. Lors d'une réunion de son parti, le Fidesz, à la fin du mois de septembre, il a même déclaré qu'il allait "tout mettre en oeuvre pour que l'Europe retire ces sanctions d'ici la fin de l'année." Malgré les menaces, le responsable chargé d'inspecter les réformes anticorruption de la Hongrie a assuré qu'elles n'auraient "pas d'impact sur son évaluation".