La situation sur le terrain "est compliquée, mais sous contrôle", estimait jeudi soir le commandant en chef de l'armée ukrainienne, Valery Zaloujny. "La supériorité de l'artillerie ennemie illustre la nécessité d'augmenter la puissance de feu des forces armées ukrainiennes", a-t-il fait valoir. "La question des défenses anti-aériennes intégrées est également essentielle". Jeudi soir, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a souligné lors de son adresse quotidienne que la Russie envoyait en ce moment "des milliers de ses mobilisés sur le front". "L'utilisation par les généraux russes de ces gens comme de la chair à canon leur permet de renforcer la pression sur nos défenseurs. C'est une pression tangible."

Les forces russes, en recul sur plusieurs fronts, sont à l'offensive sur celui de Bakhmout, ville de l'est du pays qui comptait avant la guerre 70 000 habitants et aujourd'hui largement désertée et ravagée par les tirs d'artillerie. Plus au nord, à Lampil, près du noeud ferroviaire stratégique de Lyman récemment reconquis par l'Ukraine, les journalistes de l'AFP ont entendu jeudi des tirs nourris d'artillerie. Selon un soldat revenant du front, le village de Torske y essuyait des bombardements russes. A Belgorod en Russie, un missile ukrainien a frappé, sans faire de victimes, un immeuble d'habitation, ont rapporté les autorités locales.

Poutine ne prévoit pas "dans l'immédiat" de nouvelles frappes "massives" sur l'Ukraine

Le président russe Vladimir Poutine a affirmé ce vendredi 14 octobre ne pas prévoir de nouvelles frappes "massives" en Ukraine, après celles du début de semaine lancées en représailles de la destruction partielle du pont de Crimée qu'il impute à Kiev. "Dans l'immédiat, il n'y a pas la nécessité de frappes massives. Actuellement, il y a d'autres objectifs. Pour l'instant. Après on verra", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse après un sommet régional au Kazakhstan, assurant qu'il n'avait pas pour but "de détruire l'Ukraine".

LIRE AUSSI : Dissuasion nucléaire : Macron a-t-il montré ses cartes à Poutine sur France 2 ?

Vladimir Poutine s'est aussi adressé un autosatisfecit après bientôt huit mois de guerre contre son voisin et en dépit de la série de revers qu'enregistre l'armée russe. La Russie agit "comme il faut" en Ukraine, a ainsi estimé le président russe depuis le Kazakhstan alors que le même jour, l'Ukraine célébrait, elle, sa Journée des défenseurs du pays qui a été l'occasion pour Volodymyr Zelensky de promettre la victoire aux siens.

"Ce n'est pas agréable ce qui se passe maintenant, mais (si la Russie n'avait pas attaqué l'Ukraine le 24 février), on aurait été dans la même situation un peu plus tard, juste les conditions auraient été plus mauvaises pour nous. Donc, nous faisons tout comme il faut", a répondu le président russe à un journaliste qui lui demandait s'il avait des regrets.

Vladimir Poutine s'est également montré satisfait des frappes massives qui ont touché des infrastructures essentielles ukrainiennes lundi et mardi, mais aussi des parcs et des habitations. Le président russe Vladimir Poutine a assuré ce vendredi ne pas prévoir d'élargir la mobilisation "partielle" qu'il a annoncée il y a trois semaines pour le conflit en Ukraine, annonçant que 222 000 hommes avaient été recrutés jusqu'à présent.

"Rien d'autre n'est prévu. Aucune proposition n'a été reçue du ministère de la Défense et je n'en vois pas la nécessité dans un avenir prévisible", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse, ajoutant prévoir la fin de la mobilisation "dans deux semaines" et admettant que celle-ci avait connu des ratés.

La Russie ordonne la réparation du pont de Crimée avant le 1er juillet 2023

La Russie a annoncé ce vendredi ordonner la réparation avant le 1er juillet 2023 du pont de Crimée, partiellement détruit lors d'une explosion samedi dernier que Moscou impute à Kiev. Le gouvernement "détermine la date limite pour la fin des contrats d'Etat pour l'exécution des travaux au 1er juillet 2023", selon un arrêté signé par le Premier ministre russe, Mikhaïl Michoustine.

Le pont de Crimée, symbole de l'annexion de la péninsule ukrainienne éponyme et crucial pour le ravitaillement des troupes russes engagées en Ukraine, a été partiellement détruit par une attaque au camion piégé, selon Moscou.

Les services de sécurité russes (FSB) ont affirmé que cette "attaque terroriste" a été organisée par les renseignements militaires ukrainiens, assurant qu'un agent de Kiev avait coordonné le transit des explosifs à travers plusieurs pays et avait été en contact avec différents intermédiaires.

En réponse, la Russie a mené lundi et mardi des bombardements massifs à travers l'Ukraine, visant notamment des infrastructures énergétiques civiles qui ont provoqué de nombreuses coupures d'électricité et d'eau. Mercredi, le FSB a dit avoir arrêté huit personnes - cinq Russes et "trois citoyens ukrainiens et arméniens" - suspectées de participation dans cette attaque. La circulation routière et ferroviaire a toutefois repris partiellement depuis plusieurs jours sur le pont.

Les Occidentaux à la manoeuvre pour bâtir un "bouclier antiaérien"

Lors d'une réunion jeudi, à Bruxelles, des 50 pays alliés qui coordonnent leur soutien militaire à Kiev, Washington a fait pression pour bâtir de toute urgence une défense antiaérienne "patchwork" à partir d'équipements anciens ou récents, aux standards de l'Otan, afin de protéger les principaux objectifs stratégiques ukrainiens des bombardements russes. Or, pour mettre sur pied le "bouclier antiaérien" réclamé par le président ukrainien Volodymyr Zelensky, il faut créer ce que les militaires appellent une défense sol-air multi-couches.

LIRE AUSSI : Que faire si Poutine utilise l'arme nucléaire ? La réponse de grands experts

"Ce sont des systèmes à courte portée, basse altitude, ensuite des systèmes à moyenne portée, moyenne altitude, et enfin des systèmes à longue portée, haute altitude", a expliqué mercredi à la presse le chef d'état-major américain, le général Mark Milley. Ces trois niveaux permettront de protéger les objectifs stratégiques ukrainiens, comme les grandes villes, les infrastructures clés ou les centres de pouvoir, contre les missiles balistiques, les missiles de croisière ou encore les drones.

L'Espagne a été la première à répondre positivement, dès jeudi : elle va envoyer à l'Ukraine quatre systèmes sol-air "Hawk" de moyenne portée, a annoncé le ministre américain de la Défense Lloyd Austin, saluant cette "réponse très, très rapide". Le président Emmanuel Macron a lui déclaré mercredi que la France allait livrer à Kiev "des radars, des systèmes et des missiles pour protéger (les Ukrainiens) des attaques, en particulier pour les protéger des attaques de drones". Les Etats-Unis ont quant à eux promis le système de défense antiaérienne NASAMS, dont les deux premiers exemplaires doivent arriver prochainement en Ukraine. Ils en ont commandés six de plus au fabricant Raytheon, mais la livraison de ces systèmes de courte à moyenne portée et à altitude moyenne pourrait ne pas intervenir avant deux à trois ans.

La Russie va évacuer la population du sud

La Russie a annoncé jeudi qu'elle allait organiser l'évacuation vers son territoire de la population de la région de Kherson dans le sud de l'Ukraine, affirmant répondre à une demande des autorités d'occupation locales menacées par les progrès de la contre-offensive des forces ukrainiennes. "A la suite de l'appel du chef de la région de Kherson (...) le gouvernement a décidé d'organiser une aide pour le départ des habitants de la région vers d'autres régions" de la Fédération de Russie, a déclaré le vice-Premier ministre Marat Khousnoulline à la télévision. "Nous fournirons à chacun un logement gratuit et tout le nécessaire", a poursuivi le ministre, sans donner d'indications sur le nombre de personnes concernées.

LIRE AUSSI : Emmanuel Macron, quel bilan sur l'Ukraine ? "En définitive, la France n'a presque rien fait"

Les autorités d'occupation russes de la région de Kherson avaient demandé auparavant à Moscou d'organiser l'évacuation des civils de ce territoire annexé fin septembre avec trois autres territoires ukrainiens. Les habitants seront emmenés dans la péninsule de Crimée, annexée en 2014 par Moscou, et dans les régions de Rostov, Krasnodar et Stavropol, dans le sud de la Russie.

Cette annonce intervient alors que l'armée ukrainienne a dit jeudi avoir reconquis cinq localités dans la région, après avoir déjà revendiqué mercredi la prise de cinq autres communes.

TotalEnergies visé par une plainte pour "complicité de crimes de guerre" en Ukraine

L'entreprise est accusée d'avoir continué à exploiter un gisement en Russie malgré la guerre en Ukraine ayant permis la fabrication de carburant utilisé in fine par des avions russes engagés dans le conflit. La plainte a été déposée jeudi auprès du procureur national antiterroriste, compétent pour les crimes de guerre, par l'association basée à Bordeaux Darwin Climax Coalition, qui dit oeuvrer pour la protection des droits humains et la défense des populations touchées par la prédation industrielle, et l'association ukrainienne Razom we stand, qui appelle, elle, à imposer un embargo sur les importations d'énergie fossile de Russie.

Sollicité par l'AFP, TotalEnergies a dénoncé des accusations "outrancières", "diffamatoires" et "infondées". La plainte, dont l'AFP a eu connaissance, rappelle qu'entreprise détenait jusqu'à septembre 49% de la coentreprise Terneftegaz, qui exploite le gisement de Termokarstovoïe, dans le Grand Nord russe. Les 51% restants étaient détenus par le groupe russe Novatek, numéro deux du gaz russe, dont TotalEnergies est par ailleurs actionnaire à hauteur de 19,4%. Or, selon un article du Monde paru le 24 août qui se basait sur plusieurs documents et une enquête de l'ONG Global Witness, le champ gazier de Termokarstovoïe a fourni du condensat de gaz à une raffinerie proche d'Omsk en Sibérie, qui en a fait du carburant, lequel a ensuite été expédié pour alimenter les avions russes engagés dans le conflit en Ukraine au moins jusqu'en juillet dernier.

LIRE AUSSI : TotalEnergies : "Couper tous les ponts avec la Russie serait suicidaire"

Après la publication de l'article du Monde, le géant français de l'énergie, déjà critiqué pour son maintien en Russie, avait assuré qu'il ne produisait "pas de kérosène pour l'armée russe". Deux jours plus tard, il avait indiqué s'être accordé le 18 juillet pour céder ses 49% dans Terneftegaz à Novatek. Cette vente a été finalisée en septembre. Mais selon les plaignants, "en continuant d'exploiter le gisement de Termokarstovoïe" après l'invasion russe en Ukraine, lancée le 24 février, TotalEnergies a "contribué à fournir au gouvernement russe les moyens nécessaires à la commission des crimes de guerre" dans ce pays, où l'armée russe a notamment lancé des frappes aériennes contre des civils.

Ces derniers estiment par ailleurs que TotalEnergies ne pouvait ignorer les forts liens d'influence entre Novatek et le régime russe : l'oligarque Guennadi Timtchenko, un proche de Vladimir Poutine, a dû quitter en mars le conseil d'administration du groupe, étant visé par des sanctions européennes. Leonid Mikhelson, directeur général de Novatek, est pour sa part visé par des sanctions britanniques. "TotalEnergies réfute catégoriquement l'ensemble des allégations infondées de Global Witness, publiées par le journal Le Monde en août dernier", a rappelé vendredi le groupe, affirmant que les condensats instables produits par Terneftegaz avaient été "exportés à l'étranger" et n'avaient donc pas pu être utilisés par l'armée russe comme carburant pour ses avions.

Paris rejette le "hub gazier"

Sur le front diplomatique, les présidents russe et turc se sont retrouvés jeudi au Kazakhstan en marge d'un sommet régional à Astana, mais n'ont pas parlé publiquement de la proposition de médiation turque évoquée précédemment par le Kremlin. Vladimir Poutine a proposé la création d'un "hub gazier" en Turquie pour exporter les hydrocarbures russes. "Il n'y a pour nous aucun sens à créer de nouvelles infrastructures qui permettraient d'importer davantage de gaz russe", a réagi la présidence française.