Nous sommes, depuis le 8 mars, une quarantaine de bénévoles au Tesco market, transformé en centre humanitaire, dans la petite ville polonaise de Przemysl, à quelques kilomètres de la frontière ukrainienne. Notre idée initiale était simple, elle répondait à l'urgence : livrer de la nourriture, du matériel médical et des matériels de puériculture. En arrivant là-bas, nous avons découvert l'enfer à la frontière.

Les personnes fuyant l'Ukraine - qui ne sont pas uniquement des Ukrainiens mais aussi des étudiants, des immigrés en Ukraine - sont en majorité des femmes et des enfants. Ils ont embarqué dans un train, entamant un périple de plusieurs jours, souvent debout, parfois par terre, pour atteindre la frontière de Medyka, important poste frontalier en Pologne. Là-bas, les autorités polonaises affrètent des bus en direction des différents centres d'hébergement provisoires - des centres commerciaux, gymnases ou écoles transformés en camp de fortune. Lorsqu'ils arrivent, ils sont accueillis par une armée de bénévoles, dont l'identité n'est souvent pas vérifiée, et qui ne savent plus au bout de quelques jours quoi faire avec ces réfugiés. Ni comment les orienter ni comment les accompagner.

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Après avoir coordonné l'acheminement de plus de 500 personnes vers la France, nous sommes conscients que la solidarité citoyenne montre ses limites : nous n'avons pas les capacités humaines nécessaires pour assurer une présence permanente des équipes, nous n'avons pas les ressources financières nécessaires pour assurer des allers-retours quotidiens entre la France et la Pologne.

Le désordre est complet, la confusion totale. Nous n'avons pas vu, sur place, d'organisations non gouvernementales. Nous n'avons pas croisé d'équipes des Nations unies. Il y en a, mais nous ignorons où. Et si nous ne le savons pas, les millions de personnes réfugiées ne le savent pas non plus et nombre d'entre elles sont déjà exposées aux trafiquants. Ils rôdent, et de nombreuses personnes ont déjà disparu.

Face à ce constat, nous exigeons la mise en place d'un couloir humanitaire.

Les Etats doivent garantir un voyage sûr et une prise en charge complète à toutes les personnes qui fuient la guerre. La France peut montrer l'exemple. Les couloirs humanitaires ont fonctionné, pour la Syrie notamment grâce à l'initiative de Saint-Eudigio et de la Fédération de l'entraide protestante. Ces initiatives impliquent une prise en charge complète : transport, visas, choix de la destination et mobilisation des services de l'Etat.

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Le monde a rarement assisté à un tel déplacement de population. Kosovo, Afghanistan et aujourd'hui, Ukraine. Permettre la mobilité et l'organiser est, à l'heure actuelle, le seul et véritable engagement politique.

Signataires : Pour le Corridor Citoyen

Carlos Arbelaez, entrepreneur, fondateur de l'association Populaire

Alice Barbe, cofondatrice de l'ONG Singa, présidente de l'Académie des futurs leaders

Michka Bengio, cofondateur de l'Académie des futurs leaders et de Citizen HQ

José Benavente, président de l'association Pilotes volontaires

Clélia Compas, fondatrice de l'association Yambi, doctorante en études migratoires à l'université de Sussex

Emrys Delcroix, militant

Joanna Front , sophrologue

Maïa Le Bras, juriste à Pilotes volontaires

Salomé Martin-Darras, militante pour les droits humains

Hélène Michalak, spécialiste de la crise syrienne

Anna Michalak, freelance

Inna Kamilovna Omarova, entrepreneuse, militante