Recep Tayyip Erdogan a le sens du timing. Le 23 octobre, une semaine exactement avant le G20 qui devait signer son retour physique parmi les grands de ce monde, le président turc a décidé de s'en prendre à dix ambassadeurs occidentaux, dont ceux de la France, de l'Allemagne et des Etats-Unis. Coupables d'avoir défendu Osman Kavala, philanthrope turc emprisonné depuis quatre ans sans jugement, ces diplomates sont désormais personae non gratae en Turquie, mais ne seront pas expulsés.
Et pour cause, Ankara n'a pas les moyens d'une opposition frontale avec l'Occident. La livre turque, qui a perdu un quart de sa valeur depuis le début de l'année, a plongé à son plus bas niveau historique au lendemain des sanctions, et les investisseurs étrangers fuient le pays, alors que les caisses sonnent creux et que l'inflation atteint 19,5 %. "Par peur de perdre le pouvoir, le président entraîne tous les Turcs dans sa chute", s'inquiète un député de l'opposition.
Avec ses diatribes antioccidentales, Erdogan espère remobiliser sa base électorale, composée d'islamistes et d'ultranationalistes, et cacher l'état déplorable de son économie. Une recette populiste éculée, tous les instituts de sondages le donnant perdant pour les prochaines élections, en 2023.
"Quand Erdogan perd du pouvoir, son côté autoritaire et agressif prend le dessus, presque malgré lui, observe Kerem Öktem, spécialiste de la Turquie à l'université Ca' Foscari de Venise. Et plus le scrutin approche, plus il sera dangereux." Pour ses "alliés" de l'Otan, mais plus encore pour ses 84 millions de concitoyens.
