Les tornades qui ont frappé vendredi six Etats du sud et du centre des Etats-Unis ont fait au moins 88 morts et laissées derrière elles des paysages de désolation. Les vents violents ont pris au piège des dizaines de personnes dans leurs habitations, mais aussi un bon nombre de travailleurs au sein même de leurs entreprises.
A Edwardsville, dans l'Illinois, six personnes ont été tuées dans par la chute du toit de leur entrepôt appartenant au géant du e-commerce Amazon. Les victimes étaient âgées de 26 à 62 ans, a précisé dimanche le service de police d'Edwardsville. On ignore s'il s'agissait d'employés à temps-plein, ou des "contractors", majoritaires dans l'entrepôt, et donc payés à la mission. Le débat n'est pas vraiment là, même si ce défaut d'information a dans un premier temps compliqué le travail des sauveteurs. Des proches des victimes, des élus américains et des journalistes s'interrogent surtout sur la capacité d'Amazon à protéger ses travailleurs.
L'Occupational Safety and Health Administration (OSHA), une agence fédérale des Etats-Unis spécialisée dans la prévention des blessures, maladies et décès dans le cadre du travail, a ouvert une enquête sur ce drame, lundi. Pourquoi près d'une cinquantaine de personnes présentes lors du passage de la tornade ont, elles, pu échapper à la catastrophe, et pas les autres ? Citée par la BBC, Amazon indique qu'une procédure prévoyait la mise à l'abri dans un lieu "désigné et marqué". Une majorité de l'équipe a pu s'y rendre, mais pas l'autre. "C'est là que la plupart des pertes tragiques en vies humaines ont eu lieu", a encore déclaré Amazon.
Défaut d'alerte
Dans des témoignages recueillis par Bloomberg, des employés d'Amazon ont pointé du doigt l'interdiction faite aux travailleurs, par l'entreprise, de conserver leur téléphone avec eux dans les entrepôts. De quoi les priver de l'alerte, annonçant l'arrivée de la tornade ? Pas vraiment. D'autres témoignages semblent indiquer que les employés de Edwardsville avaient bien leur portable sur eux. Seulement, ils n'étaient pas invités à quitter leur poste, ou à rentrer chez eux, conformément aux règles en vigueur. Larry Virden, une autre victime, a envoyé à sa petite amie, 16 minutes avant le passage de la tornade : "Je serai de retour après que la tempête sera passé (...) Amazon ne me laissera pas partir", rapporte le New York Post.
D'après le New York Times, l'une des personnes décédées, Clayton Cope, âgé de 29 ans, a lui aussi réussi à joindre sa famille au téléphone, vendredi. Sa mère, Carla, l'a prévenu de l'approche de la tornade. Clayton semblait au courant de la menace, et a affirmé qu'il était en route pour se mettre à l'abri. Mais la conversation est intervenue seulement 10 minutes avant que la tornade ne frappe l'entrepôt. Au cours de cette conversation, la famille de Clayton a par ailleurs compris que lui et les autres travailleurs n'avaient pas été appelés à s'abriter immédiatement après une première alerte.
Les doutes se concentrent finalement sur le moment exact où Amazon, ainsi que les personnes présentes ce vendredi, ont véritablement pris connaissance du danger. Un porte-parole de la compagnie a indiqué qu'il n'y avait eu que 11 minutes entre l'alerte et le passage de la tornade. Mais toujours selon le New York Times, une première alerte à la tornade pour Edwardsville était en vigueur dès 20h06 vendredi. Or, l'effondrement du toit du bâtiment d'Amazon est intervenu à 20h27. L'écart est cette fois 21 minutes. Et on le sait, lors de ce type de catastrophe, chaque seconde est précieuse.
"Nous suivons de près la terrible situation à Edwardsville et sommes navrés par la perte de membres de notre équipe. Nos pensées accompagnent leurs familles en ces moments difficiles", a tweeté le PDG de Twitter Andy Jassy. Son fondateur, Jeff Bezos, a quant à lui qualifié la nouvelle de "tragique", sur le même réseau social, dimanche. Sans vraiment convaincre de sa sincérité. La veille, quelques heures à peine après le drame, et assez maladroitement il faut le dire, ce dernier postait une photo de son équipe "spatiale" Blue Origin, avec la légende suivante : "Un équipage heureux ce matin dans le centre d'entraînement..."
