Depuis le début de la guerre il y a huit mois, l'Union européenne a lancé huit salves de sanctions à l'égard de la Russie, ciblant 1 236 personnes et 155 entreprises. Les Vingt-Sept se sont en premier lieu attaqués aux avoirs des oligarques russes et à la limitation de la capacité de voyager pour de nombreuses personnalités plus ou moins proches du Kremlin. Puis l'achat d'or russe a été interdit et les exportations de produits technologiques ou encore de l'acier, pouvant servir les intérêts militaires russes, ont été restreintes. Résultat : depuis le début de la guerre, les importations russes vers l'UE ont diminué de plus de 60%, et les exportations européennes vers la Russie d'un tiers.

Le dernier paquet de mesures a été adopté le 6 octobre dernier, à la suite de l'annexion par la Russie de territoires ukrainiens dans l'Est et le sud du pays. L'un des points majeurs est le plafonnement des prix du pétrole russe transporté par navire. Mais certains secteurs clés, pour quelques États membres, semblent toujours être épargnés par ce flot de sanctions contre Moscou.

La Belgique et les diamants russes

C'est le cas des exportations de diamants russes. Le pays abrite, en effet, de nombreuses sociétés qui figurent au premier rang des producteurs mondiaux de pierres brutes, dont Alrosa, le numéro un mondial. La Russie est elle-même le plus grand fournisseur mondial : sa production avoisine les 30% et ses exportations lui ont rapporté plus de 4,5 milliards de dollars en 2021. Après l'interdiction des exportations d'or russe, l'UE a ainsi discuté, pour la dernière salve de sanctions, de celle des diamants. La proposition émanait de l'Irlande, la Pologne, la Lituanie, l'Estonie et la Lettonie. Mais, par un important travail de lobbying, la Belgique s'y est opposée, comme elle s'y applique depuis le début du conflit.

LIRE AUSSI : Sanctions contre la Russie : l'industrie automobile russe en panne sèche

Et pour cause : selon l'agence de presse anglaise Reuters, une telle mesure affecterait les intérêts de la Belgique, dont l'industrie du diamant représente 5% des exportations et emploie 30 000 personnes. Le World Diamond Centre d'Anvers, plus grand centre de commerce de diamants du monde, estime qu'il perdrait 30% de son chiffre d'affaires s'il ne pouvait plus vendre de diamants en provenance de Russie, et que cela profiterait à d'autres pays qui n'appliquent pas de sanctions contre Moscou. Le Premier ministre belge Alexander de Croo a lui-même estimé, le 14 septembre, que des sanctions visant les diamants russes représentaient une "grosse perte" pour son pays, tout en assurant n'avoir "jamais bloqué de mesures liées au secteur du diamant".

La Grèce continue de transporter le pétrole russe

En mai dernier, à l'occasion de la sixième salve de mesures, les Vingt-Sept se sont accordés sur l'interdiction des exportations du pétrole. La mesure a été conçue comme progressive et structurée. Ce qui signifie que les importations maritimes, qu'il s'agisse de pétrole brut ou de produits raffinés, seront progressivement éliminées d'ici la fin de l'année.

LIRE AUSSI : "Renvoyer la Russie à l'âge de pierre" : les premiers effets ravageurs des sanctions tech

Pourtant, la Grèce, qui dispose d'une flotte importante en la matière, ne compte pas ralentir son marché d'exportations, même s'il s'agit de l'une des plus grandes sources de revenus du Kremlin. La Grèce considère que cela porterait un coup trop dur à son économie. En effet, plus de la moitié des navires transportant le pétrole russe lui appartiennent, selon les informations du site de données maritimes MarineTraffic, relayées par le New York Times. Le pays continue donc à transporter le pétrole russe vers des destinations non-européennes. Face à cet embargo, la Grèce propose tout de même le transport de l'or noir à un prix réduit et plafonné, pour éviter d'apporter trop de revenus à la Russie.

La France toujours dépendante de l'uranium russe

D'après un article du New York Times, la France, la Hongrie, la Slovaquie, la Finlande, entre autres, dépendent encore des exportations russes d'uranium, en partie pour faire fonctionner leurs centrales nucléaires. Ces échanges vaudraient près de 200 millions d'euros, d'après Greenpeace, qui fait pression pour son interdiction. L'Allemagne fait partie des pays qui ont tenté d'amener la question de l'interdiction de ces importations sur la table des négociations, sans toutefois y parvenir pour le moment. Reste qu'elle pourrait revenir dans l'actualité si de nouvelles mesures devaient être prises. Les partisans du maintien de l'uranium russe disent que la capacité de la France et des autres pays à produire de l'électricité avec leurs centrales nucléaires pendant une crise énergétique aiguë est plus importante que les gains politiques ou financiers qui pourraient découler d'une interdiction par l'UE.

"En fin de compte, c'est le prix de l'unanimité pour maintenir cette coalition, et dans le plus grand schéma des choses, les sanctions fonctionnent vraiment", a déclaré auprès du New York Times Jacob Kirkegaard, chercheur au bureau bruxellois du groupe de recherche du German Marshall Fund. "Nous aimerions que tout soit inclus, les diamants ainsi que tous les autres intérêts spéciaux, mais je suis d'avis que, si les épargner est ce qu'il faut pour garder tout le monde ensemble, qu'il en soit ainsi", a-t-il ajouté.