En Chine, des manifestants ont bravé par centaines le régime communiste pour dénoncer l'absurde politique du "zéro Covid" ; en Russie, des centaines de milliers de jeunes mobilisables fuient le pays pour échapper à une guerre qui n'a aucun sens ; et en Iran, la mobilisation ne faiblit pas depuis la mort de Mahsa Amini, assassinée par la police des moeurs pour un voile mal ajusté.

Aussi brutaux soient-ils, les régimes autoritaires n'arriveront jamais à entièrement contrôler une société, comme dans une dystopie orwellienne. Les citoyens ont beau être abreuvés de propagande, il y aura toujours des rébellions contre les injustices criantes. Et aucun peuple ne renoncera jamais au droit à connaître la vérité, surtout si des vies ont été sacrifiées.

Quand Staline punissait ses "paniqueurs"

Plus ils accumulent de pouvoir, moins les autocrates, isolés, voient le monde tel qu'il est. Mais comme le leur décrivent des informateurs avides de leur plaire, et qui se gardent bien de leur remonter les mauvaises nouvelles. Quel conseiller oserait remettre en cause la stratégie sanitaire du tout-puissant Xi Jinping, qui en vantait le mois dernier le succès devant une assemblée de parlementaires aux ordres ? Il est par ailleurs peu probable qu'il ait pu prendre conscience du mécontentement lors de ses déplacements devant des habitants soigneusement sélectionnés.

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Et qui pour contester la décision de Vladimir Poutine de lancer ses chars contre Kiev ? Pour le chef du Kremlin, critiquer, c'est trahir. Toute remise en cause de "l'opération spéciale" est passible d'une peine allant jusqu'à quinze ans de prison. On pense aux terribles sanctions que Staline infligea en 1941 aux "paniqueurs", ces conseillers qui avaient l'outrecuidance de lui rapporter l'état de déliquescence de l'Armée rouge, en pleine retraite devant la Wehrmacht...

L'écrivain Jonathan Littell compare les régimes autoritaires à des glaciers : "Ils ont l'air intact, puis un jour ils s'effondrent tout d'un coup, sans que personne ne l'ait vu venir". Xi Jinping devrait sauver son pouvoir, en mêlant répression et promesses d'assouplissement de sa politique sanitaire. Pour Poutine, il est certainement trop tard pour entendre les alertes.