Rare pays développé à ne pas avoir retrouvé son niveau de PIB d'avant-Covid, le Royaume-Uni et son nouveau gouvernement, dirigé par Rishi Sunak, a dévoilé, ce jeudi 17 novembre, son budget au Parlement. Dans l'objectif conjoint de lutter contre l'inflation - actuellement à 11% - de rassurer les marchés, de rééquilibrer les finances publiques et de ne pas aggraver la récession annoncée pour 2023 par l'organisme public de prévisions budgétaires, l'OBR, les mesures adoptées ont, sans surprise, l'austérité pour ligne directrice. Avant de présenter les détails du plan, le chancelier de l'échiquier, Jeremy Hunt, a même édicté en un triptyque l'objectif du gouvernement : "Stabilité, croissance, services publics".
Le Royaume-Uni entend mettre en oeuvre une "consolidation budgétaire", autrement dit faire des économies, à hauteur de 55 milliards d'euros. Pour ce faire, il prévoit d'augmenter les recettes émanant des impôts de 25 milliards d'euros, notamment en faisant peser "la charge la plus lourde sur les plus riches", selon les mots de Hunt. Ainsi, le seuil faisant passer un contribuable dans la tranche la plus élevée est abaissé de 150 000 à 125 000 livres gagnées par an. Près de 250 000 personnes sont concernées par ce basculement. Afin d'augmenter les recettes fiscales, le gouvernement va aussi profiter de l'inflation, en gelant les seuils d'imposition sur le revenu, ceux sur les successions et ceux sur les contributions versées à la Sécurité sociale.
Les géants énergétiques en ligne de mire
Profitant de la guerre en Ukraine et de l'augmentation du prix de l'énergie, les grandes entreprises du secteur vont devoir passer à la caisse. Une taxe sur les géants énergétiques va être mise en place, augmentant jusqu'en 2028 de 25% à 35% la contribution financière de ces entreprises. De plus une taxe temporaire de 45% est prévue pour les producteurs d'électricité. Dans ce même domaine, Jeremy Hunt prévoit une taxe routière sur les véhicules électriques, à l'instar de ce qui existe pour les voitures thermiques.

Le chancelier de l'Echiquier Jeremy Hunt présente un budget d'austérité au Parlement à Londres, le 17 novembre 2022
© / L'Express
Si un peu moins de la moitié des économies annoncées dépendra des impôts, le reste proviendra d'une baisse drastique des dépenses. A l'exception de la Santé, de l'Education et de la Défense, les autres ministères vont voir leurs budgets surveiller de près. La hausse de leurs dépenses ralentira au cours des cinq prochaines années, jusqu'à générer 30 milliards de livres d'économies. Ceux de l'Education nationale et de la Santé sont donc exemptés, voyant même leurs budgets relevés de respectivement 2,3 milliards et 3 milliards de livres. Quant à celui de la Défense, il se maintiendra à son niveau actuel, du fait de l'aide versée à l'Ukraine.
Le gouvernement fera des économies en diminuant l'aide allouée aux ménages ayant des difficultés à payer leur facture énergétique. En effet, un foyer pourra, à partir d'avril prochain, payer jusqu'à 3 000 livres par an, contre 2 500 actuellement. Néanmoins, les plus vulnérables ne seront pas délaissés. Au contraire. Le Royaume-Uni fait le choix de revaloriser les allocations et les pensions de retraite de 10,1% en 2023, afin de les caler sur l'inflation. Le salaire minimum va, lui, augmenter de 9,7%, tandis que la hausse des loyers au sein des logements sociaux sera plafonnée à 7%. Mais toutes ces mesures n'interviendront qu'en avril 2023. De quoi entretenir, chez les plus démunis, l'inquiétude des mois à venir.
