Il s'affiche presque exclusivement en tee-shirt kaki sur fond neutre, un drapeau de l'Ukraine dans le dos. C'est ainsi qu'il est apparu par visioconférence, mardi 8 mars, au Parlement de Westminster - une intervention rarissime pour un chef d'Etat étranger. Le décor était similaire, toujours par écrans interposés, le 1er mars face aux eurodéputés, réunis à Bruxelles en séance extraordinaire. Volodymyr Zelensky, le président ukrainien, ancien comédien, a changé de stature avec l'invasion de son pays par les troupes russes. Il communique à longueur de journée sur les réseaux sociaux, pour sa population et auprès des partenaires occidentaux qui le soutiennent massivement. "Il est une sorte de nouveau visage de l'Occident", analyse pour L'Express Valentyna Dymytrova, docteure en sciences de l'information et de la communication.
Filmé en extérieur, une première en dix jours
Devenu le véritable chef de guerre d'un territoire à "dénazifier", selon Vladimir Poutine, Volodymyr Zelensky se sait visé par l'armée russe. "D'après les informations que nous avons, l'ennemi m'a désigné comme cible numéro 1. Ma famille est cible numéro 2", disait-il lui-même, le 25 février.
Au deuxième et troisième jour de l'invasion, il a pourtant posté des vidéos sur son compte Telegram où il apparaît dans les rues de Kiev. Dans la première, tournée de nuit, il est entouré de son équipe rapprochée devant le palais de la présidence. Dans la seconde, il est seul, de jour, devant la Maison aux Chimères. Le chef d'Etat distille à chaque fois sa farouche volonté de défendre son pays et la fierté qu'il éprouve pour ses compatriotes.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky filmé dans son bureau à Kiev, le 7 mars 2022.
© / AFP PHOTO /UKRAINIAN PRESIDENCY PRESS OFFICE
Ces messages filmés sont quotidiens. Mais ils ne sont, depuis une dizaine de jours, plus enregistrés depuis l'extérieur. Il apparaît désormais debout derrière un pupitre ou assis à un bureau. Une façon de ne pas renseigner l'ennemi sur sa localisation exacte. Une chose est sûre : Volodymyr Zelensky est toujours à Kiev, la capitale, que l'armée russe tente actuellement d'encercler.
Quand les Etats-Unis lui ont proposé de l'évacuer, il leur a rétorqué que "le combat est ici. J'ai besoin de munitions, pas d'un chauffeur". En début de semaine, il s'est de nouveau filmé dans des lieux reconnaissables. Lundi, il s'est exprimé, toujours sur Telegram, depuis son bureau. C'était la nuit. "Je ne me cache pas, je n'ai peur de personne", a-t-il écrit. Mardi, sur Instagram, il est apparu en extérieur, dans Kiev, devant un muret surmonté de sacs de sable.
"Travail et sommeil"
Si l'image est symbolique, le président Zelensky n'en reste pas moins prudent. Quand il a rencontré un groupe de journalistes internationaux - fouillés au préalable -, le 3 mars, une salle anonyme et bunkérisée du palais présidentiel a été aménagée. Il "tient à mettre en scène un chef d'Etat au travail dans son lieu habituel, ce qui ne veut évidemment pas dire qu'il y travaille ou y vive en permanence", note le reporter du Monde, présent lors de la conférence de presse restreinte. Un embargo de dix minutes a été instauré pour que Volodymyr Zelensky puisse quitter les lieux après la rencontre. Sa sécurité rapprochée l'a alors conduit "le long d'un couloir sombre, où l'on avance à la lumière de lampes de poche", décrit Le Monde. Le palais présidentiel était pour l'occasion "plongé dans le noir", relate un journaliste de Franceinfo.
La vie sous invasion de l'ex-comique est tout aussi secrète. Aux équipes de CNN et de Channel 4 avec qui il s'est entretenu, il a simplement résumé son quotidien de chef de guerre : "Travail et sommeil." Beaucoup pour le premier et peu pour le deuxième, à la vue de son regard fatigué lors de ses interventions. Il entretient des contacts fréquents avec ses homologues étrangers, voisins ou plus lointains, sur la messagerie instantanée WhatsApp par exemple. Moins avec sa famille : il disait ne pas avoir vu sa femme et ses deux enfants depuis plusieurs jours. Leur localisation n'est pas connue.
Depuis le début de la guerre, Volodymyr Zelensky a été la cible d'au moins une tentative d'assassinat. Une unité d'élite tchétchène, envoyée pour cette mission, a été éliminée, annonçait, le 1er mars, Oleksiy Danilov, le secrétaire du Conseil national de sécurité et de défense de l'Ukraine. Il précisait que les autorités ukrainiennes ont été averties de ce funeste dessein... par le FSB, le service de renseignement russe.
